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Défense improvisée


Forêt de Karpluse
“ Forêt de Karpluse ”
par John Avon © Wizards of the Coast

Zurluk jura, abattant son gros poing sur la table avec une telle violence que le contenu de sa chope de bière dansa la gigue et éclaboussa le rouleau de parchemin qui se trouvait à proximité. Se levant brusquement de son massif fauteuil de bois sculpté, l’orc sorcier s’empara du parchemin et le déroula devant lui, ignorant la bière renversée. C’était une carte d’état-major du nord du continent, couvrant une large région des montagnes d’Orsia et de la forêt de Fontenessaux.
« Et comment sont-ils arrivés si loin sans que nos éclaireurs gobelins ne les repèrent ? demanda rageusement Zurluk à l’orc en armure qui se tenait devant lui.
– Ils ont utilisé des illusions pour se dissimuler, Messire, répondit le capitaine Gurnak. Nos gobelins n’ont rien vu, et beaucoup ont été massacrés avant de comprendre ce qui se passait. Les barbares de Jolnur combattent en ce moment même, mais ils ne tiendront pas longtemps. »
Zurluk grogna un juron, cette fois sous l’effet du dépit et non de la surprise. Gurnak sentait une aura de colère émaner du sorcier comme la chaleur d’un brasero. Mais bien qu’il connaisse l’étendue des pouvoirs de son maître pour l’avoir vu à l’oeuvre en pleine bataille, Gurnak n’avait pas peur. Contrairement aux autres chefs orcs, Zurluk ne s’abaissait pas à passer ses nerfs sur ses hommes. En revanche, le capitaine était inquiet, car les nouvelles qu’il venait d’apporter étaient des plus préoccupantes.
On savait depuis plusieurs mois qu’un nécromancien du nom d’Abronsius avait pris possession de l’antique fort de Merkrey et de la petite région marécageuse environnante. Le conseil y avait envoyé quelques espions, et ceux qui étaient revenus avaient rapporté qu’Abronsius célébrait des messes noires en hommage au démon connu sous le nom de Seigneur de l’abîme. Ils avaient également pu apprendre que le nécromancien et ses adeptes levaient au cours de ces rituels un grand nombre de morts-vivants, squelettes et zombies.

Seigneur de l’Abîme
“ Seigneur de l’Abîme ”
par Mark Tedin © Wizards of the Coast

Mais Merkrey était loin au nord, et cette menace potentielle avait été mise en attente, le conseil ayant déjà fort à faire pour combattre l’armée d’Orko à l’ouest, aider les populations à survivre malgré le refroidissement climatique, et contenir les guivres écailleuses et autres bêtes sauvages attaquant les villages pour se nourrir en ces temps difficiles. Puisqu’il occupait le territoire le plus septentrional, les confrères de Zurluk lui avaient demandé de surveiller Abronsius et d’assurer la première ligne de défense en cas d’attaque, en attendant qu’eux-mêmes puissent mobiliser leurs forces pour venir en renfort. L’orc sorcier avait accepté de bon gré cette mission, doutant lui-même de la menace que pouvait représenter un nécromancien isolé au coeur d’un marais glacé.
Aujourd’hui, Abronsius et son armée marchaient sur Orsia et Fontenessaux. Outre la cohorte de zombies, horribles cadavres ambulants, l’armée ennemie comptait des guerriers volants redoutablement efficaces et des sorciers capables de blesser leurs adversaires à deux cent pas de distance.
Délaissant la carte, Zurluk prit un coffret sur une étagère et en tira trois gemmes irisées qu’il disposa sur la table. Plaçant ses mains puissantes au-dessus des pierres magiques, l’orc se concentra et les chargea d’un message télépathique résumant au mieux la situation, et demandant des renforts rapides. Une fois ce rituel terminé, il rangea les gemmes-messages dans trois petites bourses de cuir, qu’il tendit à Gurnak.
« Saute sur ton dragonnet et porte ces gemmes à Samniasyn le Vert, Helsemium et Gobold de Woulricht. Vole sans trève ni repos, chaque minute compte. À présent, va, mon ami ! Et que Gaia veille sur toi.
– À vos ordres, Messire, répondit le fidèle capitaine. Vos alliés auront ces gemmes à temps, je vous le jure sur ma vie. » Le guerrier salua son maître et quitta vivement la pièce.
Tout en finissant de boucler les liens de son armure magique, Zurluk préparait mentalement son plan de défense. Il s’était certes attendu à cette attaque, mais il n’avait pas prévu que le nécromancien s’associerait avec des illusionnistes. Comme il avait été stupide ! À présent, il lui fallait réparer son erreur, car si Abronsius parvenait à passer la chaîne d’Orsia avant que les autres membres du conseil ne s’organisent... Zurluk préférait ne pas y penser. De toute façon, cela n’arriverait pas. Après avoir saisi son bâton, l’orc descendit l’escalier de sa tour d’un pas rapide et convoqua ses deux autres capitaines, le barbare Terudor et l’orc Torek. L’humain avancerait vers Orsia avec ses berserkers et des orcs, tandis que Torek serait chargé de garder la forteresse et d’organiser une seconde ligne de défense en cas de défaite de la première.

Dragon shivân
“ Dragon shivân ”
par Melissa Benson © Wizards of the Coast

Cinq minutes plus tard, Zurluk était descendu dans l’antre de Fournaise, le dragon qu’il avait ramené de Shiv. L’énorme reptile était assoupi, et semblait peu disposé à bouger, mais le sorcier n’avait pas de temps à perdre. Grimpant sur le dos du dragon paresseux, Zurluk fit affluer le mana vert dans sa main et l’apposa sur les écailles rouges, lançant un sort de vivacité. Aussitôt, le corps du lézard ailé fut parcouru d’un frisson.
« Allez, mon gros, la sieste est terminée ! » lança Zurluk.
Après s’être remis sur ses pattes, le dragon déplia majestueusement ses grandes ailes membraneuses et prit son envol hors de son antre rocheuse. Tout en dirigeant sa monture vers le nord, Zurluk put voir les bataillons de barbares et d’orcs sortir de la forteresse et se diriger en ordre plus ou moins dispersé dans la même direction que lui, sous le commandement du charismatique Terudor, monté sur son allosaure. Ils n’arriveraient sur les lieux des combats que dans plusieurs heures, et Zurluk devrait retarder l’ennemi au maximum. L’orc sorcier fit prendre un peu d’altitude à Fournaise et le poussa à tire d’aile vers le front.

Forces phantasmatiques
“ Forces phantasmatiques ”
par Mark Poole © Wizards of the Coast

Zurluk volait à présent à plus de cinq cents pieds et s’approchait à grande vitesse des premiers contreforts de la chaîne d’Orsia. Alors qu’il scrutait l’horizon, il vit soudain venir vers lui un groupe de silhouettes volantes. Curieusement, Fournaise ne vit les intrus qu’après son maître bien qu’il volât contre le vent, ce qui ne pouvait signifier qu’une chose : les créatures étaient d’origine illusoire et n’avaient pas d’odeur. Le dragon semblait désireux d’en découdre, mais Zurluk ne pouvait pas exposer sa monture au risque d’un combat, du moins pour l’instant. Évaluant la taille de l’escouade volante, l’orc canalisa son mana rouge, exécuta un bref rituel et pointa son bâton, propulsant une petite sphère enflammée droit devant lui. Lorsqu’elle arriva sur les hommes volants, la sphère explosa en une énorme boule de feu, accompagnée d’une détonation assourdissante. Cinq des six créatures furent avalées par les flammes, et la dernière y échappa de justesse pour partir en vrille sous l’effet du souffle. Elle tentait de reprendre le contrôle de son vol, quand elle fut impitoyablement happée par la gueule béante de Fournaise, ravi de cet en-cas improvisé malgré son manque de saveur.
« Tu ne devrais pas manger des illusions, tu sais bien que ça te donne des gaz ! » se moqua Zurluk.

Horde balduviane
“ Horde balduviane ”
par Brian Snoddy © Wizards of the Coast

Ce qui attendait l’orc sorcier dans les montagnes était autrement plus inquiétant que quelques guerriers ailés. Conformément aux dires de Gurnak, la bataille se déroulait dans la vallée de Sheuv Reuz, et Zurluk y parvint en milieu d’après-midi, une heure environ après avoir décollé. Tous ses sens en alerte, l’orc saisit la scène en un clin d’oeil. Loin en contrebas, les barbares de Jolnur résistaient héroïquement face à la marée de zombies qui affluait dans la vallée par deux cols différents. De nombreux défenseurs étaient déjà tombés et gisaient parmi les corps putréfiés des zombies renvoyés aux ténèbres qu’ils n’auraient jamais dû quitter. Mais ce n’était pas tout.
La bataille faisait également rage dans les airs, les quelques dragonnets des barbares affrontant de nombreux guerriers illusoires semblables à ceux que Zurluk avait rôtis. Pour couronner le tout, des sorciers en robe bleue s’étaient postés sur des plates-formes rocheuses, loin des combats, et utilisaient leurs pouvoirs pour foudroyer les défenseurs à distance. Quant aux chefs de l’armée ennemie, ils étaient pour l’instant invisibles, mais certainement puissants.
Bref, il fallait agir, et vite.

Enjambeur escogriffe
“ Enjambeur escogriffe ”
par Douglas Shuler © Wizards of the Coast

Zurluk fit plonger Fournaise pour se rapprocher du sol. Lorsqu’il fut descendu à moins de cent pas, il laissa le mana vert affluer dans ses veines et son esprit, puis invoqua trois enjambeurs escogriffes sans même se poser. Les massives créatures velues apparurent dans un nuage de fumée verte qui se dissipa aussi vite qu’il était apparu. À peine furent-ils matérialisés que les grands carnassiers humanoïdes se jetèrent en grognant sur les hordes de zombies, balayant plusieurs d’entre eux à chaque coup de patte et les lacérant de leurs énormes griffes.
Pour saluer l’arrivée inespérée de son allié, Jolnur poussa un cri de guerre retentissant qui se répercuta sur les parois rocheuses des montagnes entourant la vallée. Ce cri eut l’effet d’un coup de fouet sur les barbares, et leur moral remonta en flèche tandis que l’ombre du grand dragon passait sur eux.
Zurluk avait paré au plus pressé, mais il savait qu’une riposte à son arrivée devait déjà se préparer. Faisant virer Fournaise, l’orc transforma un peu de sa colère en mana rouge, pointa son bâton sur l’un des plateaux rocheux et y expédia un sort de foudre. Deux sorciers bleus eurent le temps de se mettre à couvert, mais les autres furent pris au dépourvu et moururent déchiquetés par l’éclair et par les débris de roche.
« Vous voyez, moi aussi je peux le faire », pensa Zurluk avec un sourire mauvais.

Rayon de commandement
“ Rayon de commandement ”
par Harold McNeill © Wizards of the Coast

Après son entrée remarquée, l’orc s’attendait à présent à être le centre de l’attention de ses ennemis, et pourtant aucun guerrier volant ne l’attaquait. Peut-être avaient-ils peur de lui faire mal, pensa-t-il ironiquement. Soudain, il comprit, mais trop tard : Fournaise ne lui obéissait déjà plus et piquait droit vers le sol en direction des barbares.
Zurluk ne pouvait rien contre le sort de rayon de commandement dont était victime son dragon. Il devait à présent neutraliser Fournaise, sans quoi la défaite serait rapide. Alors que le dragon s’apprêtait à carboniser des dizaines de barbares de son souffle ardent, Zurluk lui planta à contrecœur sa dague entre deux écailles du cou, ce qui le surprit et lui arracha un cri de douleur, le distrayant momentanément de ses proies. Puis, en maintenant fermement les rênes d’une main, l’orc se mit debout sur sa selle et lança un enchantement d’entrave chtonienne sur les ailes du dragon. Tandis que le filet gluant se matérialisait, Zurluk prit bien soin de l’éviter pour ne pas être pris à son propre piège. Les liens se resserrèrent rapidement autour de leur proie, entravant de plus en plus ses mouvements. Le pauvre Fournaise lutta pour se dégager mais finit par s’écraser lourdement au sol. Son maître sauta juste avant l’impact et parvint à se recevoir indemne au milieu des barbares interloqués.
« Éloignez-vous de lui, l’ennemi le contrôle ! » cria-t-il aux guerriers, qui obéirent aussitôt. Heureusement pour eux, Fournaise avait été sonné par sa chute et ne réagit pas tout de suite, ce qui donna aux barbares le temps de fuir hors de portée de son souffle ardent.
Très en colère, Zurluk s’élança lui aussi au pas de course. Il avait été obligé de blesser et d’humilier son cher Fournaise, et quelqu’un allait payer pour ça ! L’orc sorcier bondit sur un rocher, brandit son bâton en canalisant son mana rouge et expédia une deuxième foudre vers les sorciers bleus restants. Cette fois, aucun d’eux n’eut le temps de fuir.
Dans les airs, la situation était catastrophique : les forces illusoires avaient finalement eu raison des dragonnets et fondaient à présent sur les barbares pour prêter main forte aux zombies. Bien décidé à réduire en charpie ces saletés d’illusions, Zurluk fit tournoyer son bâton, appelant à lui l’énergie de la nature pour provoquer une tornade d’épines. Mais alors même qu’il achevait son rituel, il sentit le mana de son sort se dissiper. Quelqu’un lui avait lancé un contresort ! Voilà bien la chose qu’il détestait par-dessus tout. L’interruption lui permit néanmoins de localiser son principal ennemi : à six cents pas de lui, en surplomb sur une saillie rocheuse, se tenait un magicien en robe bleue et or, sa silhouette se découpant sur le ciel gris. Ce n’était pas Abronsius, mais il semblait tout aussi maléfique. L’homme regardait dans sa direction, et lui adressa un petit salut moqueur de la main. Zurluk ne prit pas la peine de lui répondre. Tu ris, mais rira bien qui rira le dernier, se contenta-t-il de penser.

Sorcier krovois
“ Sorcier krovois ”
par Pat Morrissey © Wizards of the Coast

Lorsqu’il eut perdu ses sorciers bleus, l’ennemi prit soin de défendre un peu mieux ses troupes et contrecarra plusieurs sorts offensifs de Zurluk. L’orc sorcier parvint toutefois à éradiquer les créatures illusoires. Ayant pressenti qu’elles devaient être constamment entretenues en mana bleu, il avait pris le temps d’exécuter un rite de subjugation, puissant enchantement rendant brièvement incolore toute force magique dans un rayon de plusieurs lieues. Privées d’énergie, les illusions s’étaient dissipées comme la brume matinale sous le soleil. Cette soudaine disparition des hommes volants soulagea grandement les défenseurs et fut accueillie par un hurlement de joie. Mais cet avantage fut contrebalancé par la perte des enjambeurs : après avoir combattu sauvagement et disloqué des dizaines de zombies, les féroces carnassiers avaient finalement succombé aux multiples blessures que leur avaient infligé les griffes infectes des morts-vivants.
Fournaise n’était plus sous l’emprise du sort de commandement, et bien qu’il fût cloué au sol par la glu, il se rendit utile en incinérant un groupe de zombies passant à sa portée. Mais les morts-vivants ne refirent pas cette erreur, et Zurluk en déduit que quelqu’un devait contrôler leurs déplacements avec précision. Abronsius était là, caché quelque part, à avancer ses zombies comme des pièces sur un échiquier. Ce qui expliquait la stratégie dont ces abominations dénuées d’esprit avaient fait preuve depuis le début de la bataille...
Zurluk continuait à lancer des sorts, puisant inlassablement dans ses réserves mentales pour tenter d’invoquer de nouvelles créatures ou d’éliminer les troupes ennemies à grands coups de boules de feu. L’illusionniste se concentrait maintenant exclusivement sur l’orc sorcier et contrecarrait une grande partie de ses sorts. Zurluk était sur les nerfs, mais au moins ce petit jeu occupait son rival, qui ne pouvait rien préparer d’autre.

Foule de goules
“ Foule de goules ”
par Lucio Parrillo © Wizards of the Coast

Au crépuscule, le nombre et les forces des barbares atteignirent un niveau critique, et Jolnur ordonna le repli vers les cols voisins. Pour faciliter la retraite, Zurluk créa un long mur de feu qui tint les zombies en respect le temps nécessaire. À travers les flammes, il put voir son rival impuissant jeter son bâton au sol de rage : il était visiblement à court de mana. Bien que ce fût également son cas, Zurluk ne put s’empêcher de sourire.
Pourtant, la situation n’était guère brillante. Le moral des hommes était au plus bas : nombre de leurs frères avaient péri sous les coups des cadavres ambulants, et la plupart des survivants étaient blessés. Le mur de feu était déjà en train de s’éteindre, et les zombies remontaient à l’assaut. Zurluk avait épuisé ses dernières ressources magiques, et il ne lui restait que ses talents de chef et de guerrier. Ayant ramassé une épée à deux mains près du corps d’un barbare, il tailladait à présent la foule des zombies qui tentaient inexorablement d’avancer. Jolnur était blessé, mais le farouche barbare maniait encore son énorme hache avec une puissance et une efficacité redoutables.


Seigneur de guerre balduvian
“ Seigneur de guerre balduvian ”
par Paolo Parente © Wizards of the Coast

« Ce sera un honneur que de mourir à tes côtés, mon frère ! cria-t-il à Zurluk tout en tailladant deux morts-vivants.
– Pour moi aussi, mais ce ne sera pas ici, et pas ce soir ! » répliqua l’orc en décapitant un zombie.
Ils combattirent ainsi plusieurs heures durant, leurs forces s’épuisant peu à peu. Plus bas, Fournaise rugissait et se démenait pour se libérer et venir aider son maître, mais l’enchantement le maintenait plaqué au sol, impuissant. Lorsque Zurluk vit qu’Abronsius était descendu dans la vallée pour animer de nouveaux zombies avec les corps des barbares tombés au combat, il sut que tout était fini. Il espérait simplement avoir retenu l’ennemi assez longtemps pour permettre à ses alliés de s’organiser, mais même dans ce cas, c’était une maigre consolation. Quand Jolnur tomba sous les griffes des zombies, Zurluk entra dans une rage meurtrière et jeta ses dernières forces dans la bataille. Il vit les griffes des morts déchirer sa chair à plusieurs reprises, mais ne sentit même pas la douleur et continua à se battre comme un possédé.
Malgré ses propres cris de fureur et le vacarme du combat, l’orc entendit derrière lui la note éclatante d’une trompette angélique. Était-ce possible, ou sa mort prochaine lui faisait-elle perdre la tête ? Puis le son retentit une nouvelle fois et une lumière éclatante baigna soudain le champ de bataille. Sous l’effet de cette clarté, les zombies refluèrent précipitamment, laissant Zurluk et les quelques barbares survivants sans adversaires. Avant même de pouvoir se retourner, l’orc sorcier sentit ses forces le quitter et sombra dans l’inconscience.

Ange de Serra
“ Ange de Serra ”
par Greg Staples © Wizards of the Coast

Lorsqu’il ouvrit les yeux, Zurluk vit un ange penché au-dessus de lui. Étrange... Il s’attendait à voir l’un de ses ancêtres plutôt qu’un ange humain. Puis un autre visage vint se placer à côté de celui de l’ange. L’orc reconnut le visage balafré de son vieil ami Samniasyn le Vert, et il sut alors qu’il n’était pas au paradis.
« Ah, tout de même ! lança le mage à la barbe noire d’un air moqueur. Tu n’as pas honte de roupiller pendant qu’on se tape tout le boulot ?
– Laisse-le donc récupérer, espèce de terreur ! » répliqua l’ange, qui était en réalité Lilly Relina, prêtresse de Serra et épouse du pourtant peu engageant Samniasyn.
Quand Zurluk eût complètement repris ses esprits, Samniasyn lui fit le récit des événements de la nuit tandis que Lilly partait s’occuper des autres blessés. Gurnak avait mené à bien sa mission de les prévenir, et les époux étaient immédiatement partis pour le nord, accompagnés de trois anges et d’un essaim de farfadets. Ils étaient arrivés juste à temps, précédant de peu les renforts d’orcs et de barbares menés par Terudor. La lumière sacrée de Lilly avait eu son petit effet sur les zombies, puis les anges et les farfadets avaient inversé le vent de la bataille. Samniasyn avait dissipé les entraves de Fournaise, et le dragon s’était aussitôt lancé dans un raid vengeur contre les morts-vivants. Zurluk leva les yeux et vit son cher dragon tournoyer loin au-dessus des montagnes. Le sourire aux lèvres, il se concentra sur l’esprit du grand reptile et y lut une grande tristesse... aussitôt remplacée par de la joie lorsque Fournaise comprit que son maître était encore vivant ! Du haut des cieux, il poussa un rugissement tonitruant, fit une pirouette et cracha une salve de flammes.
Mais il y avait aussi une mauvaise nouvelle : Abronsius et son allié illusionniste avaient réussi à fuir, et il y avait fort à parier qu’ils ne s’en tiendraient pas là. Zurluk hocha la tête, déçu que ses ennemis s’en soient tirés. Puis il vit une chose incroyable, et ses yeux s’arrondirent de surprise : non loin de lui se tenait Jolnur, aussi vivant et puissant qu’avant la bataille.
« Eh oui, mon cher Zurluk, lâcha Samniasyn d’un ton badin, ma chère femme adore ramener les gens d’entre les morts, c’est son passe-temps favori. »
Zurluk éclata de rire et salua son ami barbare, puis se retourna vers Samniasyn.
« Je n’oublierai jamais ce que vous avez fait cette nuit, dit l’orc à l’humain sur un ton redevenu sérieux.
– Allons, allons ! C’est à toi et à tes barbares que reviennent les honneurs, mon ami. Sans vous, la situation serait bien différente aujourd’hui. »
Les deux défenseurs se turent et regardèrent la vallée. Malheureusement, Lilly ne pouvait utiliser son pouvoir de résurrection qu’avec parcimonie. Les orcs et les barbares dressaient des bûchers funéraires pour leurs camarades, même ceux qui avaient brièvement été transformés en zombies. Les cadavres des autres morts-vivants étaient brûlés aussi, mais sans cérémonie. L’odeur de la mort planait sur les lieux comme un lourd nuage.
Zurluk et ses alliés avaient certes remporté la victoire à Sheuv Reuz, mais ils savaient que ce n’était qu’une bataille. La guerre contre Abronsius ne faisait que commencer.



Lexique (cliquez sur le mot choisi pour revenir au texte)
Orc : Humanoïde robuste à la peau verte et dépourvue de poils.
Mana : Énergie mystique nécessaire à toute magie, et captée par les sorciers à partir des terrains auxquels ils sont liés ou qui les environnent.

Texte © P.O. Barome

Illustrations © Wizards of the Coast

Cette nouvelle est librement inspirée de différentes cartes des premières éditions de Magic: the Gathering™.
Elle est dédiée aux trois grands sorciers qui ont été mes plus anciens adversaires : Valentin, Antoine et Christophe.

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