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Les aventures de Roldaïce à Ravnica


Une visite inattendue

« Glok, attention ! »
Trop tard. Sans que je puisse rien y faire, je vis comme au ralenti le lourd escabeau-établi roulant basculer et s’abattre sur le gouvernail de l’ornithoptère, brisant net la traverse et écrasant au sol le délicat mécanisme, tandis que le contenu de la caisse à outils s’éparpillait dans un terrible fracas de ferraille.
« Oups ! Je… Je suis désolé, Maître Roldaïce », dit Glok d’un air consterné, le vert de son visage prenant une teinte plus sombre. « Mais ne vous inquiétez pas, je vais arranger ça ! ajouta-t-il aussitôt en se précipitant pour tenter de redresser l’escabeau.
– J’espère bien ! lançai-je d’un air exaspéré, les poings sur les hanches. Tu ne peux pas faire un peu attention, non ? Il était bientôt terminé ! »
Depuis mes aventures sur Mirrodin, j’avais gardé une grande affinité pour les artefacts et les machines en tout genre, et j’avais hâte d’essayer ma nouvelle création. Ce n’était pas très grave, mais cette stupide maladresse allait nous coûter au bas mot une journée de travail supplémentaire avant de pouvoir… C’est à cet instant précis que je réalisai qu’il me faudrait élargir considérablement la fenêtre du laboratoire si je voulais m’envoler sur ma belle machine.
« Maître, je crois que votre boule de cristal vous appelle, m’avertit Glok, trop content de détourner mon attention de sa bêtise.
– Hmm ? Oui, tu as raison. Merci, Glok. »

Karn, golem d’argent
“ Karn, golem d’argent ”
par Mark Zug © Wizards of the Coast

Je revins vers mon bureau en m’essuyant les mains sur ma tunique. Me concentrant brièvement, j’activai la sphère magique et eus le plaisir de voir y apparaître le visage métallique de mon vieil ami Karn, le golem d’argent.
« Bonjour, mon cher Roldaïce, me dit-il de sa voix grave et posée.
– Salut Karn ! Quel bon vent t’amène ?
– Bon vent, ce serait beaucoup dire, répondit Karn avec un air sombre. Je crois que je vais à nouveau avoir besoin de ton aide. Puis-je passer t’en parler de vive voix ?
– Bien sûr ! Le bricolage attendra. À tout de suite. »
Je me retournai vers mon apprenti et lui lançai sévèrement :
« Tâche de bien te tenir, Glok, nous avons de la visite.
– Quoi ? Karn va venir ici ? répliqua Glok d’un air à la fois paniqué et surexcité. Mais… »
Il fut interrompu par une puissante effluve de mana incolore, suivie de peu par un flash de lumière vive. Une masse mouvante de vif-argent de la taille d’un très grand humain venait d’apparaître à quelques pas du bureau. Lorsque le métal en fusion eût fini de se solidifier, un golem d’argent se tenait face à moi. Depuis l’Apocalypse, Karn était devenu un arpenteur, et ce genre de prouesse était pour lui un jeu d’enfant.
« Roldaïce, Glok, nous dit-il en souriant.
– Je… euh… B-bonjour Messire Karn ! » balbutia mon apprenti, complètement pris au déprouvu par l’apparition de l’un des êtres les plus légendaires de Dominaria.
« Des problèmes avec votre gouvernail ? demanda notre visiteur. Si je peux vous être utile…
– Je te remercie, mon cher Karn, mais il serait dommage de priver Glok de cette magnifique occasion d’appliquer la maxime : apprends de tes erreurs. »
Karn sourit, et Glok s’assombrit de nouveau.
« Allons discuter au calme et laissons travailler notre jeune ami », ajoutai-je à l’intention de Karn en ouvrant la porte du labo.


Destination Ravnica

Une fois dans mes appartements, j’allumai un bon feu d’un claquement de doigts et invitai Karn à s’asseoir, tout en me servant une chope de jus de champignons. Les golems étant peu portés sur la boisson, je n’en proposai pas à mon hôte.
« Depuis la catastrophe de Mirrodin, dit-il, j’ai beaucoup réfléchi. Plutôt que de créer de nouveaux plans, j’ai décidé d’œuvrer pour aider les habitants de ceux qui existent déjà. Le problème, c’est que j’hésite à intervenir directement, de peur que le remède ne soit pire que le mal. »
Karn fit une pause, comme perdu dans ses pensées.
« Je vois, dis-je. Et c’est là que j’interviens, n’est-ce pas ?
– Oui. Tu es un grand sorcier, mais pas un arpenteur, et tes actes ne risquent donc pas de déstabiliser un plan.
– Ça se tient. Après tout pourquoi pas ? Un peu d’action ne me fera pas de mal, lançai-je en souriant.
– Merci Roldaïce, je n’en attendais pas moins de toi, me dit Karn d’un air grave.
– Je t’en prie. Et quel est le problème ?
– Il y a quelques jours, j’ai eu une vision. Une vaste cité s’étendant à perte de vue, un jour de fête avec partout des gens en liesse, et l’instant suivant, toutes ces vies anéanties, les corps inertes jonchant les rues et les places de la cité.
– Hum… Effectivement, cela semble assez préoccupant, dis-je en reprenant une rasade de jus. Et sur quel plan cette cité se trouve-t-elle, selon toi ?
– Suite à ma vision, j’ai entrepris un petit voyage à travers le Multivers, et j’ai finalement localisé le plan et la cité en question. Il s’agit de Ravnica.
– Jamais entendu parler. Est-ce le nom du plan ou de la cité ?
– En réalité, les deux. Jadis, le plan comptait de nombreuses villes, la plus puissante d’entre elles étant Ravnica. Les cités se sont développées en engloutissant peu à peu les terres avoisinantes, jusqu’à fusionner en une seule mégalopole, recouvrant la majeure partie du plan, à l’exception de certaines zones dévastées.
– Ça alors… Mais dans ce cas, s’il n’y a pas d’étendues sauvages, d’où vient le mana ?
– C’est étrange, fit Karn, mais il semble que ce soient les différentes zones de la cité qui remplissent ce rôle. De luxuriants jardins entremêlés aux bâtiments tiennent lieu de forêts, les bassins et d’ingénieux canaux de transports de l’eau produisent du mana bleu comme s’ils étaient des îles, et le mana rouge provient d’énormes fonderies aussi massives que des montagnes.
– Incroyable ! m’exclamai-je. J’ai hâte d’y être… À propos, as-tu trouvé des indices quant à ta vision funeste et comment je pourrais empêcher qu’elle ne se réalise ?
– Non, malheureusement. Tu devras enquêter toi-même, mais en cas d’urgence, tu pourras me contacter grâce à la sphère d’argent.
– Très bien, dis-je avant de vider d’un trait le restant de ma chope. Eh bien ma foi, je crois qu’il est temps de se préparer ! »

Montagne de Ravnica
“ Montagne de Ravnica ”
par Richard Wright © Wizards of the Coast

Bien que je sois un vieux gobelin, mon cœur s’emballe toujours comme celui d’un apprenti à l’idée de partir en aventure et de découvrir de nouvelles contrées. Mon impatience était telle que j’effectuai tous les préparatifs en moins d’une heure. J’avertis le Conseil des Mages de Dominaria de mon départ imminent, et donnai quelques consignes au Capitaine Belen afin qu’il assure l’intendance du territoire placé sous ma protection. J’allai ensuite chercher Delana, occupée à concocter des élixirs de guérison, et nous revînmes au laboratoire où Glok s’était attelé à la réparation de l’ornithoptère. Tout en rassemblant mon équipement, je fis quelques recommandations à mes deux apprentis, en espérant qu’elles réduiraient les risques que je trouve le laboratoire sens dessus dessous à mon retour.
Tandis que je prenais mon bâton magique, Karn se saisit de la sphère d’argent avec laquelle il m’avait envoyé sur Mirrodin quelques années auparavant. Dans ses mains, elle s’anima, la multitude de petites pièces métalliques qui la composaient se réorganisant avec grâce en une danse bien orchestrée. En quelques instants, la sphère s’était métamorphosée en une magnifique petite armure d’argent.
« Voilà qui te sera je pense plus utile qu’une simple sphère, me confia Karn avec un sourire.
– Je n’en doute pas, répondis-je. Merci, Karn. »
Je passai la cotte et constatai qu’outre son incroyable légèreté, elle m’allait parfaitement, ce qui ne me surprit guère. Puis j’ajustai mon gilet de cuir, et saisis mon bâton.
« À bientôt, les enfants, et soyez sages, dis-je à mes apprentis. Karn, je suis prêt.
– Très bien, dit-il en posant délicatement sa grosse main sur mon épaule. Bon voyage, mon vieil ami. »
Bien que je l’aie déjà fait une fois auparavant, voyager d’un plan à un autre restait un événement fantastique, et mon cœur battait la chamade. Cette fois, Karn était venu m’avertir avant et j’avais pu me préparer, ce qui m’éviterait de débarquer à Ravnica en pagne comme sur Mirrodin. Cette pensée m’apaisa quelque peu… Puis un flash de lumière jaillit des yeux de Karn, et je tombai dans un gouffre sans fond.


Tombé du ciel

J’étais en train de tomber à une vitesse vertigineuse, perdu dans une obscurité totale. Comme dans un rêve, je vis un point lumineux apparaître au loin, puis grossir régulièrement jusqu’à devenir un vaste cercle emplissant mon champ de vision. Tandis que la chose se rapprochait de moi, je pus y voir apparaître des zones de différentes couleurs formant une mosaïque de tons beiges, verts, rouges et bleus. Dans un état de détachement complet, je réalisai qu’il s’agissait de Ravnica, que c’était moi qui me rapprochais de la gigantesque ville et non l’inverse, et que j’allais donc m’écraser sous peu à une vélocité qu’aucun gobelin n’avait encore atteinte. Lorsque je pus distinguer des silhouettes dans la rue, je fermai les yeux, sans même chercher un échappatoire possible à mon trépas imminent.

Plaine de Ravnica
“ Plaine de Ravnica ”
par Richard Wright © Wizards of the Coast

Quand je repris connaissance, j’étais allongé sur des dalles de pierre. Curieusement, j’étais en vie et en un seul morceau, mais un orchestre de diablotins semblait avoir élu domicile dans mon crâne, comme si j’avais bu un peu trop de liqueur de champignons. Je me redressai et secouai la tête pour m’éclaircir les idées. J’avais l’impression que les bavardages de centaines de personnes se bousculaient dans mon esprit, ne laissant pas même un petit coin de libre pour mes propres pensées. Je jetai un œil autour de moi : mon bâton gisait à quelque pas, et je vis que je suscitais la curiosité d’un certain nombre de passants, humains ou elfes pour la plupart. Je me relevai péniblement et ressentis un violent élancement dans le crâne. Je me pris la tête entre les mains et fermai les yeux de douleur. En les rouvrant quelques instants plus tard, je vis les badauds partir en courant ou disparaître dans les ruelles, et réalisai confusément que quelque chose n’allait pas.
« Dégage, gobelin ! » eus-je à peine le temps d’entendre avant d’être heurté sans ménagement et de nouveau précipité au sol. L’une de mes fioles de potion se brisa et je fus presque piétiné par une foule de fuyards. Je reçus quelques coups de pieds que j’espérai involontaires, puis quelqu’un marcha sur ma jambe et je ressentis une douleur fulgurante à la cheville, qui m’arracha un cri et un juron gobelin bien senti. Lorsque la ruée fut passée, j’entendis une clameur monter derrière moi et tournai la tête pour constater que le pire était encore à venir.

Faire des ravages
“ Faire des ravages ”
par Wayne Reynolds © Wizards of the Coast

Un autre groupe remontait la rue dans ma direction, mais celui-là ne fuyait pas. J’y vis des humains, des gobelins et quelques bêtes dressées lancés dans une razzia sauvage, détruisant les échoppes et massacrant ceux qui n’avaient pas pu ou pas voulu fuir. La horde semblait être menée par un géant cornu que je pris alors pour un minotaure, armé d’un marteau titanesque. Tout en poussant de puissants rugissements, il abattait avec une force prodigieuse son arme sur les bâtiments eux-mêmes, provoquant l’effondrement de pans entiers de maçonnerie, qui tombaient dans un fracas de tonnerre où l’on pouvait discerner les hurlements déchirants des habitants ensevelis. Décidément, mon arrivée à Ravnica ne s’annonçait pas très bien.
Comme si je m’éveillais enfin d’une transe, je parvins à reprendre mes esprits et à m’arracher à ce sinistre spectacle. Des gens mouraient, et je devais faire quelque chose. Je tentai à nouveau de me relever, mais une vrille de douleur m’informa que ma cheville était brisée. Au même moment, je vis l’un des vandales pousser un cri et pointer le doigt vers moi. Le géant tourna la tête et me fixa de son œil unique de cyclope. Ma vue sembla le plonger dans une rage violente, et il jeta la tête en arrière en poussant un nouveau rugissement qui fut repris en écho par toute sa horde. Je réalisai alors que ma simple présence, seul au milieu de la rue déserte, constituait un défi flagrant pour le géant. J’avalai péniblement ma salive en le voyant avancer vers moi d’un pas qui faisait trembler le sol, une joie sauvage brillant dans son œil à l’idée de m’écrabouiller comme un insecte.

Borborygmos
“ Borborygmos ”
par Todd Lockwood © Wizards of the Coast

Je tentai de canaliser le mana environnant, mais mon esprit était toujours encombré par ces voix parasites, et la douleur m’empêchait de me concentrer. Je portai la main à ma ceinture et saisis ma potion de guérison restante. Je bus avec une hâte désespérée le liquide ambré, tout en voyant le cyclope arriver sur moi, son énorme marteau de pierre déjà levé pour m’aplatir. Heureusement pour moi, Delana avait bien travaillé : le mana de la potion afflua dans ma cheville brisée, et la douleur disparut instantanément. Lorsque le marteau s’abattit, accompagné d’un nouveau cri assourdissant, je roulai sur moi-même et fut propulsé par l’onde de choc. J’atterris quelques pas plus loin, et la colère commença à m’envahir. Non mais pour qui se prenait-il celui-là ? J’allais lui apprendre de quel bois je me chauffe… Tandis que mon ennemi poussait un cri de rage en constatant que j’avais survécu, je ressentis avec une intense et vengeresse satisfaction le mana couler à nouveau en moi.


Face à face

Sans prendre le temps de me relever, je roulai à nouveau sur moi-même pour me retrouver sur le dos et faire face au cyclope. Plus enragé que jamais, il avait déjà relevé son marteau pour me transformer en purée de gobelin. Mais j’étais moi aussi très en colère, et avec ce sentiment bouillonnant comme catalyseur, je pus enfin puiser dans le mana rouge de Ravnica. Je tendis les mains vers l’arme du géant, et criai « Chaatheurr’ ! » : le sort de fracassement, l’un des premiers que m’ait enseigné mon maître, plusieurs siècles auparavant. La massive tête de pierre frémit un bref instant, puis explosa avec un bruit terrible, projetant avec force des éclats dans toutes les directions. Cette douche de pierres arracha un cri de douleur et de rage au colosse, qui perdit momentanément l’équilibre suite à la disparition inattendue du poids de son arme. Je profitai de cette seconde de répit pour me relever et foncer vers mon bâton. Je m’en saisis et fis immédiatement volte-face, pour voir avec horreur un tronc d’arbre arriver sur moi ! Le manche du marteau me percuta de plein fouet, me coupant le souffle, me projetant à nouveau au sol et me coinçant contre le mur d’un bâtiment. J’aurais dû être broyé comme un œuf, mais l’armure de Karn était digne de son créateur, et je n’eus même pas une côte cassée. Néanmoins, j’étais cloué au sol par le poids du tronc, et je vis le géant s’approcher de moi pour la troisième fois, lentement, avec plus de prudence, mais l’air plus haineux que jamais.

Mage aveuglant
“ Mage aveuglant ”
par Éric Deschamps © Wizards of the Coast

En dépit du choc, j’avais gardé mon bâton en main, et je le pointai vers la tête de mon ennemi. « Blaïn’dinglaï’t ! » m’écriai-je, et un rai de lumière aveuglante jaillit aussitôt de mon arme vers l’œil du cyclope. Il rugit encore de rage, se couvrant l’œil d’une grosse main griffue. Mais mon adversaire était plus tenace et moins stupide que je ne l’avais escompté. Malgré l’intense douleur mentale que lui avait inévitablement infligé mon sort, il garda l’esprit assez clair pour se pencher en tâtonnant, afin d’en finir avec moi d’une manière ou d’une autre. Je tentai de me concentrer pour me lancer un enchantement de force de géant, mais mon aptitude à canaliser le mana de Ravnica avait apparemment atteint ses limites. Il me restait encore un mince espoir, celui de parvenir à m’échapper lorsque le cyclope soulèverait le tronc pour m’attraper.
Alors même que l’une des grosses mains trouvait l’ancien manche du marteau, le géant rouvrit son œil en clignant et sourit d’un air mauvais. Il se redressa de toute sa taille et posa son énorme pied sur l’arbre, rivant sur moi son regard haineux et retardant à plaisir l’instant de ma mise à mort pour mieux savourer sa victoire. Si merveilleuse soit-elle, l’armure de Karn ne pourrait pas résister à la masse de ce colosse, j’en étais certain. C’était donc ainsi que se terminaient mes aventures et mes siècles de pérégrinations : écrasé comme un moustique dans une cité inconnue par un cyclope qui ne m’avait même pas été présenté. En ces derniers instants, je songeai avec tristesse que je ne reverrais jamais mes chers apprentis Glok et Delana, et mon cœur se serra… ce en quoi il serait sous peu imité par tout le reste de mon corps.

Ange crinefeu
“ Ange crinefeu ”
par Matt Cavotta © Wizards of the Coast

J’étais résigné à mon sort, quand j’entendis soudain résonner un son étrange, mélange de chœur religieux et de cri de guerre. Le cyclope tourna la tête vers la source du bruit, un bref instant avant d’être percuté à toute allure par une forme blanche et rouge. Quoi que ce fût, c’était assez puissant pour projeter le géant en arrière. Béat de surprise et de soulagement d’avoir échappé à la mort de si extrême justesse, j’assistai ensuite au combat entre le cyclope et mon sauveur, un ange revêtu d’une armure écarlate et auréolé d’une couronne de flammes. Privé de son arme, le colosse tentait de frapper l’ange de ses gros poings, mais l’être ailé évitait ses coups avec aisance, ripostant à chaque fois d’un coup d’épée.

Ralliement des justes
“ Ralliement des justes ”
par Dan Scott © Wizards of the Coast

Le géant comprit rapidement qu’il n’aurait pas l’avantage, et en appela à ses troupes, qui s’étaient jusque-là contentées d’assister au combat de leur chef. Les vandales s’élancèrent aussitôt à l’attaque avec un grand cri de guerre. Mais l’ange n’était pas arrivé seul. Derrière moi retentit un autre cri : « Boros, en avant ! ». Je fus alors dépassé par une marée d’uniformes rouges et blancs lancés au pas de course. Dans un grand fracas d’acier presque couvert par les cris de guerre, humains et gobelins de la légion Boros engagèrent le combat avec ceux de la horde sauvage.




Arrestation

Ghildmage de Gruul
“ Ghildmage de Gruul ”
par Paolo Parente © Wizards of the Coast

Toujours immobilisé par le manche du marteau du géant, j’assistai impuissant à l’affrontement sanglant entre les deux troupes de guerriers. Parfaitement disciplinés et combattant en formation serrée, les soldats semblaient prendre rapidement l’avantage sur leurs ennemis, malgré la sauvagerie des vandales et leur frénésie guerrière. L’ange enflammé continuait de harceler le cyclope, et j’étais persuadé que la puissante aura magique émanant de l’être ailé contribuait grandement à galvaniser la vaillance de ses soldats. Mais tout n’était pas encore joué. Perché sur un tas de décombres au-dessus de la mêlée, un humain tatoué se mit à agiter un bâton orné d’un crâne, tout en criant des paroles magiques…
Heureusement, je ne fus pas le seul à remarquer le sorcier ennemi, et une assourdissante décharge d’éclairs mit fin de manière prématurée à son incantation et à sa vie. Devant ce nouveau revers, le cyclope hésita un instant puis hurla un ordre de retraite, avant de quitter le champ de bataille à grandes enjambées. Cela ne devait pas arriver fréquemment, et un vent de confusion souffla sur ses troupes, visiblement peu habituées à fuir. Aveuglés par leur soif de sang, quelques barbares continuèrent d’ailleurs à combattre, et ils furent vite éliminés par les soldats. La fuite de la horde fut accompagnée par un grand cri de triomphe des Boros, qui levèrent leurs armes vers le ciel. Mais comme la plupart des victoires, elle était bien amère, car la légion avait subi des pertes importantes, et je vis de nombreux combattants s’agenouiller près de leurs camarades tombés, l’air sombre.

Ghildmage de Boros
“ Ghildmage de Boros ”
par Paolo Parente © Wizards of the Coast

Épuisés par le dur combat qu’ils venaient de livrer, les soldats ne poursuivirent pas les fuyards. Mais l’ange, infatigable, prit son envol et partit dans la direction qu’ils avaient prise, probablement pour s’assurer qu’ils regagneraient leur territoire sans causer d’autres problèmes. Tandis que des aides de camps et des apothicaires arrivaient au pas de course pour s’occuper des blessés, je vis venir vers moi une jeune femme et deux soldats. Des poings de la demoiselle s’élevait encore une légère fumée, et je compris d’où était venu l’éclair fatal au shamane barbare. Elle se pencha vers moi pour se saisir de mon bâton magique, que je lui donnai sans résister.
« Sortez-moi ce gobelin de là-dessous », lança-t-elle aux deux hommes tout en examinant mon bâton.
Ils s’exécutèrent aussitôt, bien qu’avec difficulté, et je sentis avec soulagement le poids du tronc d’arbre quitter mon torse.
« Merci beaucoup, dis-je aux soldats, tandis que l’un d’eux me tendait la main pour m’aider à me relever. Eh bien, vous êtes arrivés à temps ! Je me nomme Roldaïce et je…
– Garance Flammedor, légion Boros, ligue wojek. Vous êtes en état d’arrestation provisoire pour interrogatoire, dit la sorcière d’un ton neutre.
– Quoi ? Mais je… balbutiai-je, complètement pris de cours.
– En route », dit-elle simplement en tournant les talons.
Alors que son camarade repartait s’occuper des blessés sans même me jeter un regard, le soldat qui m’avait tendu la main me passa des menottes avec un petit haussement d’épaules et un sourire d’excuse et de sympathie. Il m’accompagna à la suite de la dénommée Garance jusqu’à un grand oiseau au bec acéré attaché un peu plus loin. La jeune femme se hissa sur la selle de sa monture avec agilité, puis le soldat me souleva et me posa devant elle.

Plaine de Ravnica
“ Plaine de Ravnica ”
par John Avon © Wizards of the Coast

Quelques instants plus tard, je survolais à nouveau les rues de Ravnica, et cette fois, ce n’était plus en chute libre, ce qui me permit de profiter un peu mieux de la vue. Et je dois dire qu’après mon arrivée mouvementée, le court trajet jusqu’au quartier général de la dixième ligue wojek fut pour moi une source intense d’émerveillement. Vue d’en haut, la gigantesque ville était vraiment un spectacle à couper le souffle, avec ses innombrables tours s’élançant à l’assaut du ciel, ses édifices ornés de scupltures complexes et de grotesques gargouilles, et ses délicates passerelles enjambant le vide vertigineux. Mais ma contemplation fut de courte durée : moins d’une minute après avoir décollé, notre oiseau se posa au sommet d’un grand bâtiment aux allures de forteresse.
Les soldats en faction accoururent aussitôt pour s’occuper de l’oiseau, et Garance me conduisit jusqu’à son bureau à travers une suite complexe d’escaliers et de corridors. En chemin, soldats et officiers me jetèrent des regards intrigués, voire hostiles, et je commençai à réaliser combien ma situation était délicate. Certes, c’était mieux que d’avoir été écrasé par ce stupide cyclope, mais il était hors de question que l’on me laisse croupir dans une geôle obscure ! J’allais devoir jouer serré, d’autant plus serré que je venais de me rendre compte que mes menottes étaient enchantées de manière à m’empêcher d’utiliser mes pouvoirs magiques…


Rien que la vérité

Garnison de Boros
“ Garnison de Boros ”
par John Avon © Wizards of the Coast

« Nous y sommes ! » me dit Garance Flammedor, s’arrêtant devant une solide porte de chêne portant une petite plaque de cuivre à son nom.
J’entrai à sa suite dans une pièce meublée de façon simple et fonctionnelle, probablement selon une norme règlementaire. Le bureau de Garance étant situé dans l’un des niveaux les plus proches du toit de la forteresse, l’unique fenêtre offrait une vue imprenable sur la ville.
La jeune femme plaça une chaise face à son bureau et m’invita à m’y asseoir. Tandis que j’obtempérai, je la vis ouvrir un coffre, y déposer mon bâton et en ressortir une petite baguette d’ivoire. Elle l’agita en prononçant une formule, et un cercle de lumière blanche apparut au sol autour de ma chaise.
« Voilà qui va nous faciliter les choses », dit Garance en rangeant la baguette.
Toujours entravé par les menottes d’anti-magie, je fus incapable ne serait-ce que de détecter la nature du sort, et j’en fus fort contrarié ! Cela n’était évidemment pas un cercle de protection. Il devait donc s’agir d’une barrière quelconque… Craignait-elle que je m’enfuie ?
« Alors… Roldaïce, c’est bien ça ? me demanda-t-elle en s’asseyant à son bureau.
– C’est ça, répondis-je laconiquement, et d’un air plus hostile que je n’aurais souhaité.
– Bien. Avant de reparler de vos exploits face à Borborygmos, me dit-elle en me fixant de ses yeux bleus, la question habituelle : appartenez-vous à une guilde, et si oui, laquelle ? »
Malgré son apparente jeunesse, il se dégageait de Garance une autorité et une assurance incontestables. Que pouvais-je bien lui répondre ? J’ignorais tout des guildes locales, et inventer des mensonges ne pourrait qu’aggraver ma situation. Comme je l’avais fait sur Mirrodin avec les trolls de Tel-Jilad, je décidai donc de jouer franc-jeu, et de lui raconter d’où je venais, pourquoi et comment j’étais venu à Ravnica. À peine eus-je dit que je venais d’un autre plan que je vis passer dans le regard de la jeune femme une lueur de scepticisme amusé… très vite remplacé par une totale stupeur. Se levant brusquement, elle contourna son bureau pour regarder le sol à mes pieds, et je compris alors que le cercle de lumière n’était pas destiné à m’empêcher de fuir, mais de mentir. Quand elle vit qu’il était toujours actif, la magicienne me fixa à nouveau, mais cette fois avec un air de respect presque superstitieux.

Festival du Pacte des Guildes
“ Festival du Pacte des Guildes ”
par Alex Horley-Orlandelli © Wizards of the Coast

À partir de ce moment, l’interrogatoire prit une tout autre tournure, Garance oubliant complètement son rôle de gardien de l’ordre pour celui de l’apprenti brûlant de curiosité, auquel j’étais plus habitué. Assise sur le coin de son bureau, elle me posa de nombreuses questions sur mon plan d’origine, Dominaria, et je lui répondis de bonne grâce. Partout dans le Multivers, passer d’un plan à un autre relevait de la légende ! Une fois sa curiosité un peu étanchée, j’expliquai à Garance la raison de ma venue : la vision qu’avait eue Karn d’une immense foule en liesse, suivie de celle d’une ville jonchée de corps sans vie.
« Par Razia ! s’exclama-t-elle, ses yeux clairs écarquillés par l’effroi. Le Festival du Pacte des Guildes ! »
La jeune femme m’expliqua que dans un peu moins de trois mois, une gigantesque fête serait donnée à l’occasion du dix millième anniversaire d’un traité, le Pacte des Guildes, sur lequel reposait toute la civilisation de Ravnica. Ce serait l’occasion d’un mois de réjouissances pour tous, sauf bien sûr pour les agents de la ligue wojek, chargés du maintien de l’ordre. Si un fou avait l’intention de déclencher une catastrophe, le Festival serait le moment idéal.
Garance et moi nous regardâmes en silence, puis elle alla jusqu’à la fenêtre, d’où elle contempla Ravnica pendant un long moment, en proie à un intense conflit intérieur. Finalement, elle revint vers moi d’un air décidé, et me retira mes menottes d’une passe magique. Je sentis aussitôt le mana affluer en moi et la perception des auras magiques réapparaître dans mon esprit.
« Tant pis pour le règlement ! lança-t-elle.
– Merci, Garance, lui dis-je avec un sourire. Voilà un geste que vous ne regretterez pas.
– Je l’espère ! L’avenir nous le dira… »
Après avoir longuement envisagé les options possibles, nous décidâmes finalement que ma véritable histoire resterait un secret entre nous. Garance était une ghildmage, et disposait donc d’une autorité suffisante pour me recommander à la guilde et faire de moi son assistant. De cette façon, nous pourrions enquêter ensemble pour tenter d’empêcher que la vision de Karn ne se réalise. Garance et moi inventâmes donc une petite histoire à l’intention de ses collègues, et en particulier du Commandant de la dixième ligue wojek, et pendant les deux jours qui suivirent, ma nouvelle alliée m’expliqua tout ce que je devais savoir sur Ravnica.


Cours particulier

Tablette des guildes
“ Tablette des guildes ”
par Nic Klein © Wizards of the Coast

Malgré mon aversion naturelle pour le mensonge et ma piètre expérience en ce domaine, je me fis passer pour un ancien ingénieur izzet (la guilde des inventeurs) comme me l’avait suggéré Garance. Elle prit ensuite le relais, et réussit à convaincre ses supérieurs de m’engager comme aspirant ghildmage, après avoir raconté mon entrevue mouvementée avec le cyclope Borborygmos.
Le soir venu, confortablement installés au fond d’une petite taverne devant un bon ragoût, Garance et moi pûmes discuter tranquillement malgré le brouhaha ambiant, les rires et les éclats de voix. En prenant garde que personne ne nous entende, elle m’expliqua donc que dix millénaires auparavant, un traité magique avait été signé par dix maîtres de guildes, les Paruns, pour se répartir les rôles au sein de la société et apporter à Ravnica une stabilité dont elle avait grand besoin en des temps troublés… tout en protégeant leurs intérêts respectifs.
« Dix mille ans ? J’ai du mal à imaginer qu’une société puisse durer aussi longtemps sans changement majeur ! Quand je repense à tout ce qui s’est passé sur mon monde pendant seulement cinq mille ans… Une ère glaciaire, une invasion de Phyrexians, une apocalypse…

Grand Arbitre Augustin IV
“ Grand Arbitre Augustin IV ”
par Zoltan Boros & Gabor Szikszai © Wizards of the Coast

– Oh, tu sais, nous avons nous aussi vécu des combats et des désastres ! me répondit Garance. Mais il est vrai que la structure de Ravnica et de ses guildes est restée la même pendant tout ce temps, dans une paix relative. Selon moi, cette paix est surtout due à la lutte constante des Boros pour maintenir l’ordre, et cet immobilisme aux Azorius. Ce sont eux qui écrivent les lois de Ravnica, et ils sont très doués pour garder les choses dans l’état où elles sont, pour le meilleur et pour le pire. À part eux, dit-elle en comptant sur ses doigts, il y a donc les Boros, dont tu as à présent l’honneur de faire partie, et les inventeurs Izzet dont tu es censé avoir fait partie. Les Golgari, malgré leurs nombreux défauts dont un goût immodéré pour la nécromancie, produisent en grande quantité une nourriture insipide mais très bon marché, qui permet aux pauvres de survivre, notamment les sans-guilde. Le culte de Selesnya est une communauté où tout le monde est le bienvenu, mais toujours à la recherche de nouveaux adeptes. Les Orzhov, sous leurs airs religieux, sont d’impitoyables usuriers qui contrôlent la plupart des échanges commerciaux. Les Simic sont des cinglés qui se prennent pour des dieux et s’arrogent le droit de créer des monstres, tout ça parce qu’ils n’ont pas réussi à remplir le rôle de préservation de la nature qui leur avait été confié. Et enfin, il y a ces maudits Rakdos, un ramassis de démonistes fanatiques, que nous, les Boros, ne cessons de combattre. S’ils forment une guilde, c’est celle des assassins et des criminels, et j’ignore pourquoi on les a laissé prospérer pendant tout ce temps.

Territoire des Gruul
“ Territoire des Gruul ”
par John Avon © Wizards of the Coast

– Eh bien, je vais essayer de me souvenir de tout ça… Mais dis-moi, ça ne fait que huit guildes, n’y en avait-il pas dix lors de la signature du pacte ?
– Si, d’après la légende. Les Gruul, dont tu as rencontré quelques représentants ce matin, ont quitté les villes depuis bien longtemps et sont retournés dans les landes abandonnées et sauvages où ils vivent, ou plutôt survivent, selon leurs propres lois.
– Tiens, c’est étrange, je croyais que votre monde était entièrement urbanisé !
– En majeure partie, mais pas complètement. Certaines zones ont été dévastées par des expériences izzet qui ont mal tourné, ou des pestes créées “par accident” par les Simic. Généralement, les Gruul ne posent pas de problèmes aux cités, sauf quand l’un de leurs chefs en décide autrement, comme ton ami Borborygmos !
– Je vois, fis-je en touchant instinctivement mes côtes encore endolories. Et la dixième ?
– Ah oui, les Dimir. Mystérieux et insaisissables, ils rôdent dans l’ombre et savent tout des secrets de Ravnica… Si tu veux mon avis, cette dixième guilde n’a jamais existé, et n’a été incluse dans la légende que pour faire un compte rond et servir de croque-mitaine et de bouc émissaire !
– Intéressant… Et selon toi, demandai-je, qui pourrait vouloir provoquer la mort de milliers de personnes ? Les Rakdos ? Les Gruul ?
– Oui, ce sont les deux hypothèses les plus probables, répondit Garance, qui but quelques gorgées de bière avant de poursuivre. Borborygmos trouverait sans doute cela symbolique d’attaquer le centre de Ravnica le jour du Festival. Quant aux Rakdos, ils adorent semer la terreur juste pour le plaisir !
– D’un autre côté, pensai-je tout haut… Karn n’a pas eu la vision d’une scène de violence. Les gens étaient en train de rire et danser, et l’instant d’après, tout le monde était mort. Ce qui m’inciterait plutôt penser à un sort d’une terrible puissance.
– Oui… Ou bien à une peste fulgurante, répliqua Garance. Et dans ce cas, c’est plutôt du côté des Simic qu’il faudrait chercher. »


Science sans conscience

Les jours suivant mon arrivée, je continuai de me familiariser avec Ravnica, avec l’aide précieuse de Garance. Je fis la connaissance de mes nouveaux collègues de la dixième ligue wojek, dont un certain Agrus Kos, qui d’après Garance était une véritable légende vivante pour ses pairs. Bien que les gobelins de la légion Boros soient de simples soldats plutôt que des ghildmages, même aspirants, mon entrée chez les wojeks ne suscita pas beaucoup plus de curiosité que si j’avais été un humain. De plus, étant moi-même spécialisé dans les magies blanche et rouge depuis plusieurs siècles, je me sentis parfaitement à mon aise chez les Boros, et mon adaptation n’en fut que plus rapide.

Porte de la guilde de Simic
“ Porte de la guilde de Simic ”
par Stevlin Velinov © Wizards of the Coast

Même si le statut de ghildmage lui confèrait une certaine liberté, Garance ne pût se soustraire à ses obligations. Je l’accompagnai dans ses missions, et nous n’eûmes guère le temps de chômer ! Mais au terme d’une semaine de service bien remplie, nous eûmes enfin quartier libre. Nous nous rendîmes alors à Novijen, le laboratoire central des Simic, où nous avions réussi à obtenir une audience au sujet d’un « risque imminent d’épidémie ». Après avoir survolé des quartiers-jardins très riches en citernes et canaux, Garance posa son oiseau sur une tour particulièrement imposante, recouverte de végétation luxuriante.




Cuve d'évolution
“ Cuve d’évolution ”
par John Avon © Wizards of the Coast

Un garde nous demanda de lui confier nos armes, puis nous fûmes reçus par un humain dont les avant-bras portaient de répugnants globules bleus. Il nous salua avec froideur, puis nous demanda de lui exposer les raisons de notre venue. Nous avions décidé de bluffer, et Garance expliqua donc avec aplomb que nous savions que des recherches étaient menées par les Simic sur une nouvelle forme de peste, et qu’on nous envoyait parler au responsable du projet. Notre interlocuteur nous demanda de patienter un moment pour en référer à son supérieur.
Il revint au bout d’une heure et nous invita à le suivre. Il nous guida à travers un dédale de passages ponctués de solides portes fermées. Il n’y avait aucune fenêtre, d’étranges globes boursouflés dispensant une lumière jaunâtre. À mesure que nous nous enfoncions dans le bâtiment, l’atmosphère devint de plus en plus humide et chargée de remugles de décomposition végétale. J’éprouvais un malaise grandissant et j’avais hâte de revenir à l’air libre ! En passant près d’une porte restée ouverte, je jetai un œil dans la salle et aperçus des humanoïdes en train de s’affairer près d’une grande cuve reliée à une machine par des tuyaux. Avant que notre guide ne me rappelle à l’ordre, j’eus le temps de voir une patte griffue tenter d’agripper le bord de la cuve, une patte couverte de globules bleus…

Novijen, le Cœur du progrès
“ Novijen, le Cœur du progrès ”
par Martina Pilcerova © Wizards of the Coast

Nous parvînmes enfin à une immense salle dont le fond était un vaste bassin, et au centre de laquelle une structure ovoïde était maintenue en l’air par d’épaisses passerelles. Nous empruntâmes l’une d’elles, et je réalisai alors qu’elles n’étaient pas faites de pierre, de bois ou même de métal, mais d’une curieuse substance élastique rappelant le tentacule d’une pieuvre, en beaucoup plus rigide. En pénétrant à l’intérieur de la structure suspendue, je constatai qu’elle était constituée de la même matière, et j’eus l’impression d’entrer dans le corps d’une monstrueuse et gigantesque créature. On nous amena sous bonne garde jusqu’à une salle où un être filiforme était penché au-dessus d’une cuve remplie d’un fluide bleu et visqueux. Il avait certains traits elfiques, mais son crâne semblait surdéveloppé et ses membres anormalement étirés. En le voyant, Garance fut visiblement très impressionnée et perdit beaucoup de son assurance habituelle.

Momir Vig, visionnaire simic
“ Momir Vig, visionnaire simic ”
par Zoltan Boros & Gabor Szikszai © Wizards of the Coast

« C’est Momir Vig, le maître de guilde des Simic ! » me chuchota-t-elle à l’oreille.
On nous annonça, et l’elfe congédia les gardes d’un geste. Près de lui se trouvait une énorme grenouille blanche de six pieds de haut, qui nous fixait d’un air mauvais de ses trois gros yeux globuleux.
« Messire Vig, dit Garance en s’inclinant, je ne pensais pas vous déranger en personne !
– Dans le cas contraire, vous ne seriez pas ici, répondit notre hôte en détachant son regard du bassin pour le poser sur nous. Mais je préfère traiter certains problèmes moi-même, et je crois savoir quel est le vôtre.
– Nous… commença Garance.
– J’ai peu de temps à vous accorder et j’irai donc droit au but, sans que vous ne m’interrompiez », lâcha Momir Vig d’un ton calme mais d’une autorité absolue.
Espérant sans doute un gobelin pour prochain dîner, la grenouille sortit sa langue rose et rentra brièvement ses yeux dans son crâne, avant de se remettre à me fixer.
« Il y a environ un mois, l’un de mes meilleurs biomanciens, un humain du nom de Sedev Derus, a disparu. J’ai fait fouiller ses quartiers, où l’on a trouvé des notes de travail et des éprouvettes, qui après analyse se sont révélées pleines de différentes versions d’un mélange très efficace d’agents infectieux à action ultra-rapide. Mais apparemment, la formule finale à laquelle il est parvenu n’était pas là. Il n’a pas pu en produire de grandes quantités, mais les germes contenus dans une simple fiole suffiraient à entraîner la mort de nombreux spécimens… Enfin, de nombreuses personnes. »

Omnibien
“ Omnibien ”
par Jim Nelson © Wizards of the Coast

Garance et moi échangeâmes un coup d’œil sombre.
« Un incident de ce genre ne serait pas dans mon intérêt, et j’ai aussitôt élaboré un antidote qui devrait neutraliser la formule de Derus. J’ai déjà lancé certains de mes gens sur la piste du fuyard, mais je ne place jamais tous mes œufs dans le même couvoir. Voici donc deux échantillons de l’antidote, enfermés sous pression dans ces bombonnes », dit-il en nous montrant deux grosses fioles de métal posées sur un établi.
Nous et moi en prîmes possession.
« Si vous ne parvenez pas à arrêter Derus avant qu’il ne disperse sa mixture, mais qu’il le fait en votre présence, vous aurez quelques instants pour libérer l’antidote dans l’air ambiant de la zone contaminée, en espérant que ce soit suffisant. »
Après un bref silence, le chef des Simic ajouta :
« Et bien entendu, vous ne répéterez à personne ce que je viens de vous dire, de peur de me contrarier gravement. »
Sans qu’il eût besoin de le préciser, nous sûmes qu’il serait très fâcheux pour nous de le « contrarier gravement ».
« Bien entendu », répondis-je sur un ton qui se voulait respectueux, mais où perçait une trace de moquerie envers ses grands airs.
Momir Vig dut la déceler et me décocha un drôle de regard.
« Sur ce, bonne chance et adieu », conclut-il en revenant à sa contemplation des profondeurs du bassin.
On nous raccompagna à notre oiseau, et je fus fort soulagé de revoir la lumière du soleil et de respirer un air moins vicié.
« Alors, que penses-tu de tout ça ? me demanda Garance en rangeant les fioles dans les sacoches de sa monture.
– Ma chère, bien qu’il soit encore plus antipathique que sa grenouille, je ne vois pas quel intérêt il aurait à nous mentir, et je crains que nous n’ayons guère d’autre choix que de lui faire confiance. »


Intérêts communs

Basilique d’Orzhov
“ Basilique d’Orzhov ”
par John Avon © Wizards of the Coast

À peine revenus de Novijen, Garance et moi fîmes quelques recherches dans le fichier central de la ligue wojek sur le dénommé Sedev Derus. Nous trouvâmes plusieurs plaintes déposées à son encontre par le Syndicat Orzhov pour dettes de jeu impayées. Le Syndicat, outre ses fonctions pseudo-spirituelles, avait la mainmise sur le commerce légal et illégal, et disposait des meilleurs juristes et avocats de Ravnica.
« Tiens, tiens… fit Garance. Toutes les dettes précédentes de Derus tournaient autour du millier de zinos, et ont été remboursées plus ou moins rapidement. Mais la dernière en date, qui remonte à un mois et demi, dépasse les vingt mille zinos. Et n’a bien sûr pas encore été réglée. »
J’étais à Ravnica depuis peu mais je savais que vingt mille zinos était une somme énorme, même pour un biomancien simic de haut niveau. J’avais aussi appris que déplaire aux Orzhov pouvait entraîner des poursuites en justice, ou d’autres formes de punition plus expéditives.
« Un mois et demi, ça colle avec la date de disparition de Derus que nous a donnée Vig, répondis-je. Derus s’est ruiné au jeu, il a cherché de l’argent par tous les moyens, et a finalement trouvé quelqu’un qui serait prêt à lui payer très cher une peste de sa fabrication. Ou en tous cas à le lui promettre.
– Quelle ordure ! lâcha Garance. Tout ça pour sauver sa peau ! Si je le retrouve, celui-là, il va connaître la furie des Boros !
– Oui, c’est méprisable, mais tu sais, les gens désespérés et paniqués font parfois des choses que…
– Oh, ça va, épargne-moi ton cours de morale ! La panique n’excuse pas tout.
– Désolé, Garance. Ça doit être mon grand âge qui me pousse à la miséricorde ! Il est vrai que dans ma jeunesse, j’étais plus enclin à désintégrer ceux qui… »
Je m’interrompis devant le regard acéré de la ghildmage.
« Enfin bref ! repris-je. Le problème est maintenant de trouver qui a pu proposer ce marché à Derus. Autrement dit… retour à la case départ ou presque.
– Oui, et nous ne trouverons pas ce genre d’éléments dans le fichier. Espérons que l’un de mes indics saura quelque chose... »

Dès le lendemain, nous reprîmes le service, et Garance en profita pour passer voir la plupart de ses informateurs, des gens plus ou moins recommandables mais bien renseignés sur nombre d’affaires illégales en cours. Mais aucun d’entre eux n’avait entendu parler de celle qui nous intéressait... ou ne désirait nous en parler. Les jours qui suivirent furent donc très frustrants pour Garance et moi. Nous savions que la vision de Karn n’était pas qu’un rêve et risquait fort de se réaliser, mais nous n’avions aucun moyen de retrouver la trace de Derus. Après presque deux semaines d’investigations infructueuses, nous envisagions sérieusement d’exposer l’affaire au Commandant, quitte à ce que mon secret soit découvert et que cela entraîne des problèmes d’un autre ordre. Mais avant que nous ne l’ayons fait, nous fûmes contactés par un chasseur de primes Orzhov du nom de Dalek Gerda, désirant nous parler d’un certain Derus.

Teysa, scion d’Orzhov
“ Teysa, scion d’Orzhov (détail)  ”
par Todd Lockwood © Wizards of the Coast

Redoutant un piège, nous fûmes très vigilants en nous rendant au rendez-vous fixé dans une taverne, mais aucune embuscade ne nous attendait. Gerda était un humain dans la force de l’âge, aux cheveux noirs très courts et au visage taillé à la serpe. Il était armé d’une épée, mais vêtu de manière à passer inaperçu. Le chasseur avait été chargé par le Syndicat de retrouver la trace de Derus, et comme nous, son enquête l’avait mené à Novijen. Là-bas, on lui avait dit que Derus avait disparu, et on lui avait suggéré de nous contacter, une entraide pouvant être profitable à nos intérêts respectifs.
« Et c’est ce que vous avez fait, concluai-je.
– Pas sur le moment, répondit Gerda. J’ai continué mon enquête, j’ai finalement localisé ce Derus, et là, j’ai décidé de vous contacter. D’habitude, je travaille seul, mais vous disposez de capacités magiques différentes des miennes, et je pense que votre aide serait la bienvenue pour aller récupérer Derus là où il est. J’ignore pourquoi vous le cherchez et ça m’est égal ; pour ma part, je dois le ramener mort ou vif à mes employeurs. Une alliance vous intéresse-t-elle ?
– Possible, dit Garance. Quels en sont les termes ? »
Gerda sortit une plume et déroula sur la table un parchemin couvert de texte et marqué du cachet d’Orzhov, un geste étonnant pour un chasseur de primes, mais pas pour un Orzhov.
« Dans les grandes lignes : assistance mutuelle entre les signataires durant toute la mission, c’est-à-dire localisation et exfiltration de la cible sous sa forme physique ou spectrale…
– Spectrale ? fis-je, surpris. Un mort ne paye pas ses dettes ! »

Pierre indiciale d’Orzhov
“ Pierre indiciale d’Orzhov ”
par Raoul Vitale © Wizards of the Coast

Gerda me jeta un regard étonné.
« Derus ne serait pas le premier fantôme à travailler pendant des siècles pour le Syndicat afin de rembourser ce qu’il doit, fit Gerda avant de poursuivre sa description du contrat. Enfin, la cible sera livrée au Syndicat Orzhov.
– Et qu’y gagnons-nous ? lança Garance.
– Euh… Dites-moi si je me trompe, répliqua Gerda en fronçant les sourcils, mais vous voulez bien toucher deux mots à ce gars-là, non ? Pour ça, il faut savoir où il est. »
Il sourit à Garance, qui lui répondit d'un œil noir. Elle lut le parchemin avec attention, sembla le trouver correct, puis m’interrogea du regard. Je haussai les épaules et lui souris. Encore une fois, nous n’avions pas le choix.
« Très bien, ça marche », fit la jeune femme avant d’apposer sa signature sur le contrat.
Je fis de même, ainsi que Gerda. Puis il roula le parchemin et ouvrit un pan de sa veste pour révéler une broche représentant le symbole de sa guilde. Lorsqu’il la toucha, le contrat fut nimbé d’une aura grise puis disparut.
« Alors ? Où est Derus ? » demanda Garance.
Afin de ménager son effet, Gerda prit quelques secondes avant de répondre puis lâcha en souriant :
« En territoire golgari. »


Expédition

Deux jours plus tard, un petit groupe hétéroclite descendit à travers les différents niveaux de la cité de Ravnica, jusqu’aux plus anciens et aux plus profonds, où la lumière du jour ne parvenait que difficilement. Le domaine des Golgari était une zone dangereuse de la Citerraine. Pas autant que le Trou d’enfer des sanguinaires Rakdos, mais assez pour dissuader quiconque de s’y aventurer sans une excellente raison de risquer sa vie. Les Golgari remplissaient leur rôle de producteurs de nourriture insipide pour les plus pauvres, mais n’aimaient pas qu’on vienne marcher sur leurs platebandes, fussent-elles composées de champignons et de moisissures.

Marais de Ravnica
“ Marais de Ravnica ”
par Richard Wright © Wizards of the Coast

C’est pourquoi nous avions pris beaucoup de précautions en préparant notre expédition. Au cas où nous péririons, Garance avait laissé dans son bureau une lettre adressée au Commandant, expliquant la menace et lui demandant de contacter Momir Vig. Et au diable la colère du chef des Simic lorsqu’il découvrirait que nous avions parlé ! Nous ne serions plus là pour en subir les conséquences.
Outre nos armes, notre équipement, et bien sûr les bombonnes d’antidote fournies par Vig, nous emportâmes trois larmes d’ange, des cristaux de mana blanc utilisés par les Boros, équivalent local de mes potions de guérison mais beaucoup plus rares. Dalek Gerda, équipé pour le combat et la survie, était accompagné d’un srâne nommé Borgluff, un être difforme d’un peu plus de cinq pieds de haut, à la peau grisâtre et glabre et à la démarche sautillante.

Srâne exhumateur
“ Srâne exhumateur ”
par Warren Mahy © Wizards of the Coast

Borgluff s’arrêtait fréquemment pour flairer le sol de son nez aplati, et s’éloignait de nous le temps d’attraper des rats, des crapauds ou des insectes, qu’il avalait goulûment d’un air satisfait, ces petits en-cas improvisés donnant lieu à des rots sonores.
« Était-il nécessaire de l’emmener ? lança Garance avec une moue de dégoût.
– Oui, répondit l’Orzhov. Borgluff est un compagnon fidèle et un combattant efficace… Désolé pour son manque de tenue ! »
Nous traversâmes plusieurs petits villages souterrains d’elfes devkarin et tentâmes de poser des questions aux habitants au sujet de Derus. Partout, on nous jeta des regards méfiants et hostiles, et nous nous heurtâmes à un mur de silence.
« Tout ça ne va pas nous mener bien loin, pesta Garance. Derus pourrait être dans ce village même ! Et si nous passions à des méthodes d’investigation plus musclées ?
– Hum… Il est certain que nous tournons en rond, répondis-je. Mais cherchons une autre solution avant d’agresser des fermiers et de se mettre à dos tous les Golgari.
– Chers amis, la bavure policière attendra, lança Dalek. Je crois que Borgluff a trouvé quelque chose.
– Ça alors ! fit Garance. Un autre rat bien gras, peut-être ? »
Le srâne avait le nez collé au sol et reniflait d’un air excité la pierre moussue d’un des chemins quittant le village. Soudain, il se mit à sauter sur place en lançant ses longs bras en l’air, et dit joyeusement à son maître de sa voix éraillée :
« Ssimick ! Ssimick !
– Bravo, Borgluff ! répliqua l’Orzhov avec un sourire narquois à Garance. Nous te suivons. »
Dalek se remit en marche derrière son srâne, et je regardai ma coéquipière avec un demi-sourire…
« Bon, bon, ça va ! » me fit-elle en repartant à son tour.

Ferme à putréfaction des Golgari
“ Ferme à putréfaction des Golgari ”
par John Avon © Wizards of the Coast

Nous progressâmes donc à la suite du srâne pendant plusieurs heures. À mesure que nous nous enfoncions plus profondément en territoire golgari, les villages se firent plus rares, et nous vîmes de plus en plus de zombies et de créatures étranges errer dans les décombres bordant le chemin. Nous arrivâmes à une zone de ruines couvertes de champignons, au milieu desquelles rôdaient des zombies. Ils se tournèrent vers nous comme un seul homme et se mirent à nous fixer de leurs yeux morts, un rictus mauvais déformant leurs visages ravagés, ou ce qu’il en restait. Tout à coup, mes oreilles de gobelin perçurent un mouvement derrière nous, mais trop tard. Deux flèches tirées du ciel avaient déjà atteint notre groupe. J’entendis Dalek crier de douleur et tirer son épée, et vis Garance tomber au sol sans un mot. Elle me fixait de ses yeux écarquillés par la surprise et l’horreur, la pointe d’une flèche barbelée dépassant de sa poitrine.


Légitime colère

L’instant suivant, nous fûmes survolés par deux énormes chauve-souris, chacune montée par un elfe devkarin armé d’un arc de chasse. Sans hésiter une seule seconde, je me jetai auprès de Garance pour lui porter secours. Mon amie était encore en vie, mais plus pour longtemps. Elle respirait avec difficulté, et chaque bouffée d’air qu’elle parvenait à avaler semblait la déchirer de douleur. Tout en fouillant fébrilement dans ma besace à la recherche de l’une de nos larmes d’ange, je vis les chauve-souris s’éloigner et les zombies s’avancer vers nous.
« Roldaïce ! Laisse-la, il y a plus urgent ! » cria Dalek.
Sans attendre ma réponse, il se mit à marmonner des paroles magiques, tandis que Borgluff grognait et hurlait sur place, impatient d’en découdre avec les zombies.
« J’arrive, donne-moi un peu de temps ! » lançai-je à l’Orzhov, puis j’ajoutai à l’adresse de mon amie blessée : « Courage, Garance. »
La jeune femme se crispa de douleur lorsque je cassai la pointe barbelée, puis perdit connaissance lorsque je retirai la flèche. J’activai la larme d’ange, qui s’illumina d’une vive lumière, et l’appliquai sur la plaie béante. À mon grand soulagement, je sentis aussitôt rayonner sous ma main la douce chaleur de la magie blanche en train de réparer les chairs meurtries de Garance. Borgluff poussa alors un cri sauvage : les zombies étaient sur nous, et le srâne les attaqua avec une rage dont je ne l’aurais pas cru capable. Dalek avait lui aussi engagé le combat avec les morts-vivants, malgré la flèche qui traversait encore sa jambe gauche de part en part. Son épée longue noire comme la nuit était nimbée d’une aura rouge sang et venait de trancher la tête d’un zombie avec aisance.

Lance d'ombre
“ Lance d'ombre ”
par Hideaki Takamura © Wizards of the Coast

L’Orzhov et son familier ne pourraient sans doute pas résister longtemps face à la supériorité numérique des zombies, mais j’avais pour ma part un petit compte à régler : les deux chasseurs avaient fait faire demi-tour à leurs chauve-souris et revenaient vers nous sans se presser pour une seconde volée. L’un d’eux avait apparemment l’intention de s’occuper de moi, tandis que son acolyte se chargerait de mes alliés engagés au combat. Perchés sur leurs montures volantes, ils étaient convaincus de leur invulnérabilité, notre groupe étant dépourvu d’armes de jet. Je ramassai vivement mon bâton et me relevai, bien décidé à leur apprendre leur erreur.
Laissant libre cours à la vague de colère que j’avais jusque-là maîtrisée, je sentis le mana rouge affluer dans mon esprit. Je me focalisai sur mon chasseur, et avant qu’il n’ait bandé son arc, tendis la main vers sa chauve-souris en criant « Verrtigho ! ».

Hélice d’éclairs
“ Hélice d’éclairs ”
par Kev Walker © Wizards of the Coast

La bête fut aussitôt secouée d’un spasme qui manqua désarçonner son cavalier et plongea vers le sol en poussant un cri suraigu. Elle termina sa trajectoire tourbillonnante en s’assommant contre un énorme champignon boursouflé, son cavalier écrasé sous elle. L’autre chasseur poussa un cri de rage et décocha sa flèche sur moi au lieu de tirer sur Dalek. Je me jetai de côté, et le trait qui aurait dû percer ma gorge ne fit que me traverser l’oreille. La douleur attisant encore ma colère, je pointai mon bâton vers l’ennemi et m’écriai « Laït’ning’ellix ! ». Dans un craquement tonitruant, deux éclairs, l’un rouge et l’autre blanc, jaillirent de mon arme et frappèrent l’elfe de plein fouet, l’éjectant de sa selle et propulsant son corps à plus d’une centaine de pieds. Au même moment, je sentis l’autre effet du sort agir sur moi, et mon oreille se régénéra en un clin d’œil. Décidément, les Boros avaient des sorts très efficaces, et je remerciai intérieurement Garance de m’en avoir enseigné quelques-uns.
Débarrassé des deux agresseurs volants, je reportai mon attention sur le combat. Borgluff avait perdu un bras, mais cela ne semblait pas l’affecter outre-mesure et il continuait à se battre comme un forcené. Dalek avait lui aussi été blessé à plusieurs reprises mais luttait âprement pour ne pas tomber sous les griffes des zombies. Avant que j’aie eu le temps de décider de mon prochain sort, les morts-vivants cessèrent soudainement leurs assauts et se figèrent sur place, comme pour écouter un signal connu d’eux seuls. Bien qu’il soit le bienvenu, ce répit inespéré m’intriguait, et je l’attribuai à la mort des deux chasseurs. J’en profitai pour courir auprès de Dalek. Je me lançai rapidement un sort de mains réparatrices, retirai la flèche de sa jambe et commençai à refermer ses blessures. Après le chaos du combat, il régnait un calme étrange, uniquement troublé par les grognements de Borgluff, occupé à démembrer hargneusement un zombie qui ne cherchait même plus à se défendre. Dalek rappela le srâne, qui cessa aussitôt mais à regret de s’acharner sur le mort-vivant, ramassa son bras tombé avec celui qui lui restait et revint vers nous en maugréant.

Goliath de Mortepont
“ Goliath de Mortepont ”
par Chase Stone © Wizards of the Coast

C’est alors que nous pûmes enfin discerner le bruit qui avait dû arrêter les zombies, un bourdonnement sourd de plus en plus fort, venant dans notre direction. Redoutant un nouveau combat, nous vîmes une troisième créature volante sortir des ténèbres : un énorme scarabée noir. Il était lui aussi monté par une elfe devkarin, mais elle n’était pas vêtue comme les chasseurs que je venais d’affronter, plutôt comme une prêtresse. Je faillis lui lancer un sort offensif, puis je me ravisai et traçai un cercle de protection contre le noir autour de mes amis et moi, le temps de voir venir. Les zombies reculèrent et l’insecte géant se posa au sol en soulevant un nuage de poussière et de moisissures. Du haut de son imposante monture, la femme nous toisa quelques instants, et lorsque son regard intense croisa le mien, un frisson de répulsion parcourut mon échine.
« Voici donc les intrus qui ont éliminé deux de mes chasseurs. Original. »
Elle me fixa de nouveau, puis reprit :
« Je suis Savra, première matka des Golgari. Puis-je savoir ce que font deux Boros et un Orzhov aussi loin sur mon territoire ? »
Sa voix était chaude et agréable, mais elle parlait avec les intonations de ceux qui ont l’habitude d’être obéis sans discussion. Bien que je n’aie pas encore refermé toutes ses blessures, Dalek se redressa, puis s’éclaircit la voix. La femme qui se tenait devant nous était probablement celle qui avait commandé la peste au chercheur simic, et il fallait jouer serré.

Savra, Reine des Golgari
“ Savra, Reine des Golgari ”
par Scott M. Fischer © Wizards of the Coast

« Mes respects, Matka, dit l’Orzhov en inclinant brièvement la tête. Mon nom est Dalek Ivanov Gerda, du Syndicat Orzhov, et voici deux ghildmages que la Légion Boros m’a adjoints pour m’aider dans ma mission. Je recherche un humain du nom de Sedev Derus, afin de le ramener pour comparution devant les tribunaux compétents. Nous ne voulons aucun mal aux Golgari, et nous déplorons l’incident qui vient de se produire, mais nous avons été attaqués sans sommation.
– Peu importe. Ces chasseurs ont commis des erreurs et en ont subi les conséquences. Ils n’en seront que plus avisés lorsque je les aurai ramenés à la mort-vie, dit la prêtresse sur le ton de la conversation. Mais passons. Je sais où et avec qui se trouve celui que vous cherchez, et ce que ces cloportes manigancent. Suivez les zombies, ils vous escorteront jusqu’à un endroit où vous pourrez vous reposer. Je vous y rejoindrai, et nous parlerons de tout cela. »
Dalek se contenta d’incliner de nouveau la tête. Savra sourit, puis leva son sceptre macabre. Le scarabée décolla, emportant la prêtresse vers les ténèbres de son domaine. Obéissant à Savra, les zombies se mirent en route d’un pas traînant, suivant l’un des trois chemins qui partaient des ruines.
« Je n’aime pas cette sorcière, mais elle semble être de notre côté, du moins pour l’instant, dis-je à Dalek. Tu es en état de continuer ?
– Oui, ça ira. Borgluff portera notre jeune amie le temps qu’elle émerge. Mais d’abord… »
Le srâne s’approcha de son maître, et maintint son bras arraché près de son épaule. Dalek trempa le bout de ses doigts dans le sang de l’une de ses propres blessures et s’en servit pour tracer des symboles sur l’épaule de la créature tout en psalmodiant une formule magique. Je sentis une brève effluve de mana noir et vis le bras de Borgluff se ressouder à son corps en quelques secondes. Une fois rafistolé, le srâne sauta en l’air pour signifier sa joie et sa gratitude à son maître. Puis il s’approcha du corps inanimé de Garance et la prit délicatement dans ses bras.

Vie du terreau
“ Vie du terreau ”
par Terese Nielsen © Wizards of the Coast

Nous pûmes ensuite nous mettre en route. Rattraper les zombies ne fut pas difficile, et nous les suivîmes pendant plus de deux heures le long de chemins tortueux, serpentant à travers d’antiques bâtiments effondrés, des champs de champignons, et un bourbier infesté de moustiques. Quoique désagréable, le trajet se déroula sans autre incident que le réveil de Garance, qui poussa un grand cri de surprise dégoûtée en réalisant qu’elle se trouvait dans les bras du srâne et tomba lourdement au sol. Je lui racontai tout, et elle nous remercia. Mais bien qu’encore faible, elle insista pour terminer le voyage à pied !
Nous arrivâmes enfin à un ensemble de bâtiments visiblement très anciens mais maintenus en bon état. Un vieil elfe nous y attendait, entouré d’une escouade de chasseurs aux regards hostiles. L’ancien ordonna aux zombies de nous laisser et nous guida jusqu’à un petit appartement sans fenêtres éclairé par des globes lumineux, où nous trouvâmes de quoi nous restaurer et nous rafraîchir.
« Dormez et reprenez des forces en attendant la Matka », nous lança-il.
Puis la lourde porte se referma comme celle d’un tombeau, et les verrous furent tirés.


Dans l’antre des gorgones

Nous étions certes prisonniers, mais apparemment en sécurité. Épuisés par la marche et le combat, nous nous endormîmes bien vite, comme l’ancien nous l’avait conseillé, et sous la garde vigilante de Borgluff, capable de se passer de sommeil plusieurs jours de suite.
Après une nuit inconfortable mais réparatrice, les elfes vinrent nous chercher pour nous conduire devant Savra. Installée sur un trône d’os et de mousse, la prêtresse golgari donnait des ordres à ses hommes. Plus encore que la veille, il irradiait d’elle une beauté vénéneuse, et Dalek lui-même semblait troublé par son charme. En tant que gobelin, je n’étais pas affecté par ce genre d’influence, quant à Garance, elle fixait la belle elfe d’un œil noir et la mâchoire serrée, en proie à un violent mélange de mépris et de jalousie. Après que Dalek eut salué Savra selon le protocole, la prêtresse nous exposa la situation, ainsi que son plan.

Tombeau luxuriant
“ Tombeau luxuriant ”
par Rob Alexander © Wizards of the Coast

« D’après mes espions, votre Simic a eu la mauvaise idée de vendre ses services aux sœurs de la mort de pierre, qui comme vous le savez sans doute sont nos maîtresses de guilde actuelles. »
Garance m’avait en effet raconté qu’un peu moins de mille ans auparavant, les trois gorgones avaient pris la tête des Golgari après avoir renversé Svoghtir, le nécromancien devenu zombie, qui avait signé le Pacte des Guildes. Les maîtresses actuelles ? Il y avait fort à parier que Savra allait tenter de prendre leur place sous peu.
« Les sœurs ont l’intention de répandre la peste créée par le Simic le jour du Festival, dans un triple but : semer une terreur propice à leurs plans d’attaque de la surface, offrir un festin à leurs zombies pour déchaîner leur sauvagerie, et surtout disposer de cadavres frais prêts à être ramenés à la vie sous leurs ordres. Un plan admirable, que j’aurais pu élaborer moi-même ! » conclut Savra avec un sourire.
Je ressentis alors une violente envie de lui expédier un éclair, que je réprimai à grand-peine, non seulement car elle était notre seule chance de contrer le plan de ses rivales, mais aussi parce que ses archers nous avaient à l’œil.
« Cependant, j’ai d’autres plans pour cette belle fête, et je vais donc vous aider à…
– D’autres plans ? la coupa Garance avec hargne. Des plans du même genre que le leur ? »
Les elfes retinrent leur souffle, attendant la réaction de leur maîtresse. Sans se départir de son sourire, Savra riva sur Garance un regard de prédateur.
« Ne pousse pas ta chance, petite humaine, lâcha Savra avec un calme pire que la colère. Je peux toujours me passer de vous. Un mot de plus et je t’offre à mes zombies. »
Dalek et moi jetâmes des regards réprobateurs à Garance, qui baissa la tête et se résolut heureusement au silence.
« Bien. Je vais donc organiser une diversion qui drainera la majeure partie des troupes des sœurs et vous permettra de vous introduire dans leur repaire et de détruire leur réserve de peste.
– Nous vous remercions de l’aide que vous daignez nous accorder, noble Matka, dit respectueusement Dalek. Dans votre grande sagesse, sauriez-vous si le traître simic se trouve encore là-bas ?
– Oui, noble Orzhov, il y est encore, faites-moi confiance… » répondit Savra en souriant.

Gorgone de Xathrid
“ Gorgone de Xathrid ”
par Chase Stone © Wizards of the Coast

Quelques heures plus tard, mes deux alliés humains et moi-même étions cachés dans une ancienne conduite d’eau pleine de moisissure, d’où nous avions une vue plongeante sur la place centrale du repaire des gorgones, quarante pieds plus bas. La diversion de Savra avait porté ses fruits, mais il restait tout de même une bonne centaine de zombies particulièrement répugnants, occupés à ronger des carcasses ou à se houspiller. Dalek avait posté Borgluff un peu plus bas dans la conduite pour faire le guet.
« Pour y être, il y est, chuchota Garance. Ta belle matka s’est bien moquée de toi ! »
L’Orzhov lui jeta un regard exaspéré. Près d’un massif triple trône vide se trouvaient en effet les statues plus vraies que nature de différentes créatures, dont un humain vêtu de la combinaison caractéristique des biomanciens simic.
« Je ne peux même pas le ramener sous forme d’esprit ! pesta Dalek à mi-voix. Bien, je crois que c’est ici que prend fin notre contrat.
– Quoi ? s’exclama Garance, la colère lui faisant vite oublier de baisser la voix. Alors c’est tout ? Nous sommes arrivés jusqu’ici, nous pouvons éviter que ces monstres ne se répandent sur la ville, et monsieur tourne les talons ?
– Garance ! Moins fort !
– S’il croit qu’il lui suffit de s’abriter derrière son contrat pour… »

Sœurs de la mort de pierre
“ Sœurs de la mort de pierre ”
par Donato Giancola © Wizards of the Coast

Dalek tourna brusquement la tête, une seconde avant que ne retentisse un hurlement déchirant : celui de Borgluff. Amplifié par l’acoustique de la conduite, le cri résonna avec force dans toute la caverne. En contrebas, les zombies s’immobilisèrent, puis se mirent à pousser des cris bestiaux, avides de dévorer d’éventuels intrus. Comme en réponse à cette clameur, une créature monstrueuse sortit en ondulant d’une arche s’ouvrant à droite du trône. Le haut de son corps était celui d’une femme, mais le bas celui d’un serpent, et des tentacules noirs s’agitaient sur sa tête. Il fallait agir vite, ou nous serions bientôt écrasés sous le nombre.
« Écoutez-moi ! D’après la carte de Savra, c’est cette arche qui mène à la réserve de peste, dis-je aux deux humains en leur montrant l’entrée d’un des couloirs partant de la grande salle. Dalek, peux-tu emmener Garance jusque-là en forme spectrale ?
– À deux, ce sera juste, mais j’y arriverai. »
Derrière nous résonnaient les grognements et les cris de zombies remontant la conduite.
« Alors allez-y, et détruisez-moi cette saleté, dis-je en donnant ma fiole d’antidote à Dalek. Je vais attirer leur attention.
– Mais… commença Garance.
– Ils arrivent ! Faites ce que je dis, MAINTENANT ! »
Dalek invoqua ses ancêtres, attrapa la main de Garance, et mes deux alliés devinrent soudain aussi transparents et immatériels que des fantômes, tandis que je me lançai un enchantement que m’avait enseigné Serra il y a plusieurs siècles. Les zombies qui avaient tué Borgluff firent irruption dans notre cachette, mais avant que leurs griffes ne se referment sur moi, je pris mon élan et sautai dans le vide.


Guerre et peste

Je savourai le début de ma chute comme le calme qui précède la tempête. Puis j’activai le charme de chute ralentie porté par mon bâton, et infléchis ma trajectoire vers le centre de la caverne. J’atterris avec un genou et une main à terre, un peu lourdement mais sans me faire le moindre mal. Lorsqu’elle me vit, la gorgone poussa un long sifflement de colère, qui couvrit le boucan produit par les zombies. Certains d’entre eux s’étaient déjà élancés vers moi pour me tailler en pièces, mais ils s’arrêtèrent net à l’intervention de leur maîtresse. Maintenant que j’étais près d’elle, je vis qu’elle portait un masque ouvragé, qui devait sans doute lui permettre de voir sans pétrifier tous ses serviteurs.
« Sssstupide Borossss ! Comment ossses-tu venir içççi ? »
Il aurait été inutile de discuter, alors autant énerver l’adversaire et se faire plaisir.
« Ce n’est pas que ça m’amuse, mais je suis venu faire un peu de ménage », dis-je en me relevant.

Masque de la Loi et de la Grâce
“ Masque de la Loi et de la Grâce ”
par Kev Walker © Wizards of the Coast

La gorgone siffla à nouveau de rage, porta la main à son visage et ôta son masque. Aussitôt, les zombies eurent un mouvement de recul et firent volte-face, mais certains d’entre eux croisèrent le regard du monstre et furent instantanément changés en statues grotesques et difformes. Avec un grand sourire, je fixai la méduse dans les yeux. La magie de Serra était forte, et l’étincelant masque de la loi et de la grâce couvrant mon visage me rendait insensible au pouvoir pétrificateur de mon ennemie. Du coin de l’œil, je vis les formes spectrales de Dalek et Garance atteindre en flottant l’entrée du passage menant à la machine à peste.
« Je n’ai pas peur de toi, gorgone ! »

Pyroclasme
“ Pyroclasme ”
par John Avon © Wizards of the Coast

Appelant à moi le mana rouge, je levai les bras en l’air et criai « Païr’o’clasm ! ». Autour de moi, l’air se mit à frémir sous l’effet de la chaleur, puis s’embrasa. Une vague de flammes dont j’étais l’épicentre se propagea comme une lame de fond et noya la caverne. Terrés contre les parois par peur du regard de pierre, les zombies n’eurent pas le temps de fuir et le feu consuma leurs corps pourrissants. En entendant leurs hurlements d’agonie, j’eus une lueur de pitié, bien vite étouffée par le souvenir du destin de Borgluff. La gorgone fut elle aussi touchée par le feu magique qui lui arracha un cri de douleur, et elle se replia sur elle-même pour se garder des flammes. Toujours protégé par mon masque, je me tenais debout au milieu de la fournaise, ressentant une sinistre satisfaction à éradiquer ces créatures maléfiques. Puis les flammes disparurent, laissant derrière elles les corps carbonisés des morts-vivants et une écoeurante odeur de chair brûlée.
Mais j’avais sous-estimé mon adversaire. La gorgone se redressa, visiblement très en colère mais en pleine forme malgré la fumée qui montait de sa peau et de ses écailles. Avant que je ne revienne de ma surprise, elle tendit la main vers moi en criant « Nattur’halaïzzz ! ». Je n’eus que le temps de détourner la tête lorsqu’une effluve de mana vert dissipa mon enchantement. J’entendis aussitôt le bruit d’une lame qu’on dégaine, et la gorgone onduler vers moi à toute vitesse. Luttant pour ne pas céder à la panique face à ce retournement de situation, je pointai mon bâton au jugé et lançai instinctivement « Laït’nin’bolt ! ». Un éclair illumina la caverne dans un bruit assourdissant, mais je sus tout de suite que mon sort n’avait pas atteint sa cible. Sentant la gorgone arriver sur moi, je me mis à courir pour lui échapper et gagner le temps de préparer une riposte. Mais le monstre était rapide et restait sur mes talons, et je ne pouvais plus m’arrêter pour lancer un sort.

Fers de la foi
“ Fers de la foi ”
par Chippy © Wizards of the Coast

Cherchant désespérément une idée, je courus vers le triple trône et ses statues, au premier rang desquelles un Sedev Derus grisâtre fixait l’éternité d’un air épouvanté. Je lâchai mon bâton, et profitant de ma petite taille, me jetai à quatre pattes pour me faufiler parmi les victimes des sœurs. La gorgone frappa, mais un instant trop tard, et sa lame ne rencontra que la pierre. La petite forêt minérale m’offrant un abri inespéré, quoique temporaire, je me retournai pour contre-attaquer. Ivre de rage, ma némésis fit basculer la statue de Derus, qui se brisa en deux en heurtant celle d’un centaure qui se trouvait derrière. Je me déplaçai vivement pour ne pas être écrasé, puis fis le vide en moi et canalisai mon mana. Je fixai le bas du corps reptilien de la méduse, tendis les mains et lançai : « Feyss’faittheurs’ ! ». Aussitôt, des fils de lumière blanche jaillirent de mes doigts et s’enroulèrent autour du corps et des bras du monstre, réduisant rapidement sa liberté de mouvement et l’ancrant au sol de la caverne. Contrôlant mentalement l’effet de mon sort, je pris bien soin d’entraver également ses yeux et sa bouche, puis je sortis de ma cachette. Tandis que la gorgone se débattait pour se libérer, tout en essayant de crier malgré son baîllon de lumière, je ramassai mon bâton et courus vers le tunnel menant au but de notre quête.
Garance et Dalek étaient bien passés par là, comme l’attestaient les restes de quelques zombies jonchant le sol. Le passage déboucha finalement sur une plate-forme à mi-hauteur d’une nouvelle caverne, au centre de laquelle trônait une énorme masse de métal verdâtre et biscornue, surmontée d’un gros globe de cuivre. Des petits jets de vapeur jaillissaient fréquemment de la partie inférieure de l’engin, ce qui expliquait l’atmosphère anormalement chaude et étouffante régnant sur les lieux. Il me semblait bien avoir vu un ingénieur izzet parmi les statues, probablement le créateur de la machine. Et juste à la verticale de ce dispositif s’ouvrait une cheminée naturelle dans le plafond de la caverne… C’était donc ainsi que la peste serait répandue sur Ravnica !

Chaudière à peste
“ Chaudière à peste ”
par Mark Tedin © Wizards of the Coast

Près du piédestal sur lequel reposait l’infernale chaudière, Dalek et Garance étaient aux prises avec quelques zombies, mais les morts-vivants ne faisaient pas le poids face à la rapidité et à la détermination de mes alliés. L’Orzhov les taillait en pièces à grands coups d’épée enchantée, tandis que Garance, nimbée d’une aura rouge, virevoltait autour d’eux en les frappant de son épée courte. Je m’apprêtais à descendre l’escalier pour les rejoindre lorsque je perçus un mouvement sur une seconde plate-forme à l’autre bout de la caverne. Un elfe tatoué portant une coiffe ornée de crânes, probablement un shamane golgari, venait lui aussi d’arriver et de découvrir la scène. Après un bref instant de stupeur, il se mit à courir vers le bout de la plate-forme, où se trouvait un panneau avec plusieurs leviers. Je pointai aussitôt mon bâton vers l’elfe et criai « Laït’nin’bolt ! », mais le trait de foudre ne jaillit pas. Dans le feu de l’action, je ne m’étais pas aperçu que j’avais épuisé tout mon mana en affrontant la gorgone. Il fallait absolument arrêter ce maudit ghildmage avant qu’il ne mette la machine en route !
« Garance ! »
La jeune femme, qui venait de trancher la tête d’un zombie, se retourna vivement et un grand sourire illumina son visage en me voyant sain et sauf.
« Arrête-le ! » criai-je en pointant l’elfe du doigt.
À peine eût-elle vu le shamane qu’elle me cria : « Plus de mana ! » et s’élança vers l’escalier menant à sa cible, se déplaçant à une vitesse surhumaine grâce à son pouvoir de célérité encore actif. Mais le Golgari courait à perdre haleine et bénéficiait d’une énorme avance. Lorsqu’il arriva au panneau, Garance avait déjà parcouru la moitié de la plate-forme. Jetant des coups d’œil paniqués à la furie qui fonçait vers lui en criant, l’elfe hésitait face aux différentes commandes. Pétrifié par l’angoisse, j’assistai impuissant à cette course entre le Bien et le Mal en retenant mon souffle.

Ghildmage de Golgari
“ Ghildmage de Golgari  ”
par Zoltan Boros & Gabor Szikszai © Wizards of the Coast

Garance n’était plus qu’à cent pieds de l’elfe… cinquante… vingt… Un jet de vapeur masqua brièvement ma ligne de vue, puis Garance percuta le shamane de plein fouet, l’arrachant du panneau de contrôle. Mon cœur s’arrêta de battre… puis mon sang se glaça dans mes veines : un des leviers avait été abaissé ! Comme pour m’en apporter la confirmation, un bourdonnement sourd et puissant s’éleva de la machine. Il fallait faire quelque chose, mais quoi ? Je dévalai les marches quatre à quatre et courus vers l’escalier de la plate-forme aux leviers, suivi par Dalek qui venait d’éliminer le dernier zombie.
Le temps que nous arrivions au panneau, l’activité de la chaudière à peste s’était nettement amplifiée, à en juger par le bruit devenu assourdissant et la fréquence des jets de vapeur. Le bras droit replié contre elle, Garance s’acharnait à tirer sur le levier pour le replacer dans sa position initiale. Quelques pas plus loin, le ghildmage de Golgari gisait au sol, assommé par le choc. Qu’importe, il n’aurait jamais avoué comment faire machine arrière, en admettant que cela fût possible… ce dont je doutais énormément.
« Essaye, toi ! » lança Garance à Dalek, en criant pour se faire entendre malgré le vacarme.
Dalek empoigna le levier et tira de toutes ses forces. Après quelques secondes de résistance, celui-ci se cassa d’un coup, et l’Orzhov jeta la barre de métal inutile en criant de dépit. Nous échangeâmes tous trois des regards où se mêlaient l’urgence, la colère et l’impuissance. Soudain, le sifflement produit par la vapeur monta dans les aigus et s’intensifia tellement que nous dûmes plaquer les mains sur nos oreilles. Au sommet de la chaudière, la sphère de cuivre s’était mise à tourner, de plus en plus vite. Et sous nos yeux horrifiés, elle fut finalement propulsée dans un grand nuage de vapeur et disparut à toute vitesse dans la cheminée naturelle pour accomplir sa mission et semer la mort dans les rues de Ravnica.


Dernière chance

Karn libéré
“ Karn libéré ” (détail)
par Jason Chan © Wizards of the Coast

Tout était perdu ! Après toutes ces péripéties, cette longue enquête et ces combats, nous avions échoué tout près du but, à une seconde près ! Ma venue sur Ravnica aurait été vaine, et la vision de Karn allait se réaliser, et même plus tôt que… Karn ! Mais bien sûr ! Comment n’y avais-je pas pensé plus tôt ? Nous pouvions peut-être encore empêcher le désastre.
L’éjection du globe avait mis fin au sifflement suraigu, et le grondement de la chaudière diminua rapidement, celle-ci ayant achevé son sinistre travail. Je pus donc m’adresser à mes amis sans avoir à hurler.
« Il reste une chance, dis-je très vite. Fermez les yeux et ouvrez vos esprits. »
Je donnai la main à chacun d’eux, et comme Garance avait le bras cassé, Dalek passa le bras autour de ses épaules pour fermer le cercle. Je vis dans les yeux de mon amie le tout petit espoir que je faisais naître en elle. Quant à Dalek, bien qu’il ait depuis longtemps dépassé les termes de son contrat, je sus à son regard qu’il était plus déterminé que jamais, et je sentis que cette aventure avait changé quelque chose en lui. Je fermai les yeux et concentrai toute ma volonté pour ne plus penser qu’à deux choses : Karn et l’armure qu’il avait façonnée pour moi. Après deux secondes interminables, l’artefact s’éveilla et Karn apparut dans mon esprit. D’une pensée, je lui fis comprendre l’urgence de la situation, et je sentis aussitôt qu’il parcourait ma mémoire, faisant défiler mes souvenirs comme dans un kaléidoscope frénétique. En un éclair, le golem d’argent apprit tout de mon séjour à Ravnica, ainsi que les pouvoirs et les faiblesses de Garance et Dalek. L’instant suivant, son esprit sans limites plaça dans nos têtes le plan qu’il venait de concevoir en une fraction de seconde. Puis sa voix résonna en nous :
« Attention, on monte. »

Plaine de Ravnica
“ Plaine de Ravnica ”
par Richard Wright © Wizards of the Coast

Nous eûmes brièvement l’impression de tomber dans le vide. En ouvrant les yeux, pour découvrîmes que nous étions suspendus dans les airs à environ trois cents pieds au-dessus de la surface de Ravnica, qui s’étendait aussi loin que portait notre regard. Juste au-dessous de nous se trouvait une vaste place bondée et couverte d’étals. Des centaines de personnes, marchands, clients, badauds, gardes et vide-goussets, qui étaient il y a quelques instants encore affairés à leurs occupations respectives, levaient à présent la tête avec curiosité ou inquiétude vers la grande sphère de cuivre qui venait de jaillir en sifflant du puits d’aération s’ouvrant au centre de la place. Une seconde après notre arrivée, la sphère explosa en une myriade de débris de métal brûlant qui retombèrent en tournoyant. Un nuage vert de mauvaise augure flottait maintenant au-dessus de la place.

La mort était en marche, et nous seuls pouvions nous interposer entre elle et les citoyens de Ravnica. Karn avait insufflé en nous une partie de son immense puissance magique, et le mana coulait dans nos veines, imprégnant chaque fibre de notre être et décuplant nos propres pouvoirs. Chacun de nous connaissait son rôle dans le plan d’urgence du golem, et Garance fut la première à agir. Son bras cassé guéri d’une simple pensée, la jeune femme déboucha les deux fioles d’antidote et plongea vers la place comme une comète. Le nuage de peste était partiellement retombé, et déjà les gens étaient pris de violentes quintes de toux. Il y eut un mouvement de panique, les victimes cherchant à fuir le danger, sans bien sûr réaliser qu’elles allaient propager le fléau. C’était le rôle de Garance que d’empêcher cela. Alimenté par Karn, son pouvoir de célérité lui permettait de se déplacer à une vitesse phénoménale, à tel point qu’il était impossible de la suivre des yeux, et elle laissait derrière elle une traînée de gaz bleu salvateur qui se mélangeait aux miasmes verdâtres.

Fantômes des innocents
“ Fantômes des innocents ”
par Kev Walker © Wizards of the Coast

Mais Dalek et moi n’avions pas le temps d’observer les effets de l’intervention de Garance. Il nous restait à accomplir la partie du plan la plus hasardeuse. Les yeux de Dalek devinrent blancs, et il se mit à murmurer d’antiques paroles de pouvoir de sa guilde. Le murmure s’amplifia, repris par des voix sépulcrales se joignant toujours plus nombreuses à ce chant funèbre. Des dizaines de formes diaphanes convergèrent vers la place en volant aussi vite qu’elles le pouvaient, tandis que le nuage de peste commençait à s’étendre. De leurs corps éthérés, les fantômes formèrent une sorte de filet autour du gaz vert et entamèrent une ronde complexe orchestrée par leur nouveau maître. En cet instant, le modeste chasseur de primes était sans doute plus puissant que le conseil fantôme d’Orzhova lui-même. Les spectres tournoyèrent de plus en plus vite, le mouvement d’air ainsi créé stoppant la dispersion du nuage et commençant à le condenser de nouveau.
Mon tour était venu. Je me concentrai intensément afin de canaliser au mieux la puissance dont Karn m’avait investi. Je tendis les mains vers la vaste sphère de gaz enrobée dans sa tournoyante dentelle de fantômes, puis libérai le mana accumulé en moi. Un point rouge aveuglant apparut au centre du nuage, et l’instant d’après une énorme boule de feu emplit le ciel dans une déflagration assourdissante. Comme les fragments d’un vase de verre volant en éclats, les esprits furent violemment soufflés par l’explosion, s’éparpillant aux quatre vents. Mais ils ne furent pas vaporisés, les bâtiments environnants ne s’écroulèrent pas, et les Ravnicans de la place du marché ne furent pas brûlés vifs. Car j’avais réussi à lancer deux sorts en même temps, accompagnant la plus grande boule de feu de ma vie d’un vaste sort de protection qui avait restreint flammes et chaleur afin que leur seule victime soit le nuage maudit. Il était toujours là, mais s’était changé en une inoffensive fumée noire qui s’éleva paresseusement pour disparaître dans le ciel de Ravnica.
Un intense soulagement m’envahit, aussitôt noyé par celui qu’éprouvait Karn, presque douloureux tant il était puissant. Dalek et moi laissâmes éclater notre joie et nous jetâmes dans les bras l’un de l’autre avec des rires de triomphe, comme deux fous flottant dans les airs. Puis nous descendîmes vers la place, où Garance venait d’achever d’administrer l’antidote. Les fioles étaient vides mais avaient été suffisantes pour guérir les personnes présentes. La ghildmage vint vers nous et se jeta dans nos bras, pleurant de joie. Enivrés par ces sentiments merveilleux, nous ne sentîmes même pas la puissance de Karn refluer de nos esprits. Autour de nous, les gens comprirent ce qui s’était passé, ou tout au moins que nous les avions sauvés, et nous fûmes portés en triomphe comme les héros que nous étions.

Après notre aventure, nous eûmes quelques comptes à rendre, Garance et moi au Commandant pour notre action non officielle, et Dalek à son patriarche pour l’échec de sa traque. Mais certains marchands influents qui étaient présents sur la place le jour fatidique plaidèrent en notre faveur, et nous avions tout de même évité une catastrophe ! Nous nous en sortîmes donc sans problème. La rumeur, habilement manœuvrée par Momir Vig, raconta qu’une peste envoyée par les Golgari avait été évitée grâce à un antidote simic, ce qui, dans un sens, était la vérité, quoique présentée sous un certain angle. Le produit miracle était désormais en vente et les fioles partaient comme des petits pains.
Je m’étais attaché à mes nouveaux amis et décidai de rester avec eux jusqu’au Festival du Pacte des Guildes. Je tenais à voir cette fameuse fête que nous avions sauvée ! Garance et moi poursuivîmes notre service, retrouvant fréquemment Dalek Gerda à la taverne le soir venu. Le chasseur de primes orzhov était moins cynique qu’avant, Garance moins hargneuse, et je m’aperçus avec attendrissement qu’un début d’idylle était né entre eux, malgré leurs apparentes différences.

Agrus Kos, vétéran wojek
“ Agrus Kos, vétéran wojek ”
par Donato Giancola © Wizards of the Coast
Szadek, Seigneur des secrets
“ Szadek, Seigneur des secrets ”
par Donato Giancola © Wizards of the Coast

Le Festival arriva vite, mais en dépit de nos efforts, il fut le théâtre d’événements tragiques. Si Savra nous avait aidé à contrer les gorgones, c’était parce qu’elle-même avait ourdi une terrible machination visant à prendre le contrôle de sa guilde et à mener son armée à l’attaque de la surface. Comme tous les Boros, nous nous battîmes vaillamment, mais de nombreux Ravnicans périrent. Savra parvint à corrompre Vitu-Ghazi, l’arbre-mère des Selesnya, mais fut trahie par son complice Szadek, le vampire maître de la légendaire guilde Dimir, que beaucoup croyaient disparue. Heureusement, d’autres héros, dont Agrus Kos, parvinrent à arrêter Szadek et à anéantir ses rêves de domination. Mais c’est une autre histoire…
Nombre de gradés ayant été tués ce jour-là, Garance monta en grade dans la hiérarchie boros. Peu après, elle épousa Dalek Ivanov Gerda, et je fus bien sûr son témoin. Et quelque temps plus tard, c’est avec avec un pincement au cœur que je dus me résoudre à prendre congé de mes amis.

Ornithoptère
“ Ornithoptère ”
par Dana Knutson © Wizards of the Coast

Je contactai Karn afin qu’il me ramène chez moi. Le retour fut mieux maîtrisé que l’aller, puisque je me rematérialisai dans mon laboratoire, où je fus accueilli par Glok, Delana, et Karn lui-même. Mes apprentis se jetèrent sur moi et m’embrassèrent avec affection, sous l’œil bienveillant du golem d’argent. Ils me pressèrent de questions, et je promis de tout leur raconter, mais plus tard. C’est alors que je remarquai avec émerveillement le magnifique ornithoptère trônant près de ce qui avait été une fenêtre, à présent transformée en ponton de décollage.
« J’ai un peu aidé pour la fenêtre, avoua Karn, mais l’ornithoptère est entièrement l’œuvre de Glok. »
Je m’arrachai à la contemplation de l’artefact et regardai mon apprenti, qui vira au vert sombre avec un grand sourire.
« Oh, vous savez, Maître Roldaïce, Maître Karn m’a quand même donné quelques conseils ! répondit-il avec une modestie que je ne lui connaissais pas.
– Eh bien, toutes mes félicitations, Glok ! » dis-je sincèrement.
Puis j’ajoutai avec un clin d’œil :
« Karn, selon toi, faudra-t-il bientôt l’appeler Maître Glok ? »
Cette idée n’avait visiblement pas effleuré mon élève. Sa bouille fut si comique lorsqu’il réalisa les fantastiques conséquences d’une telle consécration que nous fûmes tous victimes d’un fou rire dont je me souviendrai longtemps.

FIN


Lexique (cliquez sur le mot choisi pour revenir au texte)
Mana : Énergie mystique nécessaire à toute magie, et captée par les sorciers à partir des terrains auxquels ils sont liés ou qui les environnent.
Apocalypse : Phase finale de l’invasion du monde de Dominaria par les maléfiques Phyrexians, qui furent finalement anéantis mais au prix d’innombrables morts et de destructions titanesques.
Arpenteur : Stade suprême de la puissance magique, auquel n’accèdent que quelques élus du destin, possédant « l’étincelle ». Cette mystérieuse force innée n’est en général pas décelable durant la vie de son porteur. L’étincelle n’a une chance de se réveiller qu’à la mort de celui-ci, de préférence sous le coup d’un fort dégagement d’énergie magique. Au lieu de mourir, le porteur de l’étincelle devient alors un arpenteur : désormais immortel ou presque, il dispose de pouvoirs phénoménaux et peut voyager entre les différents mondes, appelés « plans ». Le cas du golem Karn est un peu particulier : il devint un arpenteur en intégrant l’étincelle de son créateur Urza à la mort de celui-ci.
Multivers : Terme par lequel on désigne l’immensité contenant l'ensemble des plans.
Pied : Ancienne unité de mesure correspondant environ à trente centimètres. Trois pieds correspondent à un peu moins de deux mètres, dix pieds à trois mètres, cent pieds à trente mètres, etc.
Phyrexians : De maléfiques créatures métalliques venant de Phyrexia, un monde (ou “plan”) artificiel et instable. Lorsque Phyrexia fut sur le point de disparaître, ils lancèrent une invasion de grande envergure sur le plan de Dominaria.

Texte © P.O. Barome

Illustrations © Wizards of the Coast

Cette nouvelle est inspirée des cartes Magic: the Gathering™ du bloc Ravnica™ et de la trilogie des romans
officiels Magic: the Gathering™ du cycle Ravnica™, par Cory J. Herndon.

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